4 OU 5 AOÛT 1962 ?


C’était il y a soixante ans, déjà. Le dimanche 5 août 1962, vers 3 heures, le corps sans vie de Marylin Monroe est retrouvé dans la petite hacienda qu’elle venait de s’offrir à Brentwood, au 12305 Helena Drive, non loin de Los Angeles. Fort heureusement pour la famille Kennedy, le mystère de sa mort ne sera jamais élucidé. Faute de preuves et en raison d’une enquête effroyablement bâclée, pour ne pas dire sabotée, l’administration ne sera en mesure ni de classer le dossier, ni d’affirmer qu’il s’agit d’un homicide, ni de déclarer officiellement un suicide. Le petit carnet rouge dans lequel Marylin avait noté des confidences compromettantes ne sera jamais retrouvé. Quand bien même le serait-il aujourd’hui, et qu’une vérité dont tout le monde se doute finirait par éclater au grand jour, cette nuit du 4 au 5 août 1962 a fait virer la couleur au noir. Ou vice-versa. Avec Marylin, le temps n’a pas d’âge. Avec Marylin, tout est possible, y compris de convertir le sexuel en sensuel, le lubrique en sympathique, le tragique en énigmatique. Et d’embarquer avec elle des millions de personnes dans l’indicible. “El amor màs fuerte que la muerte”. Mon amie argentine Paloma, qui est née trente ans après le décès de la star américaine, en apporte une confirmation singulière avec son crédo désarmant : « Ce 5 août 1962 restera le jour le plus triste de ma vie » !

MODERATO ALLEGRO


ON NE PEUT PAS TOUJOURS CHOISIR LA MUSIQUE QUE LA VIE VA JOUER POUR NOUS…
MAIS ON PEUT CHOISIR LA FAÇON DONT NOUS ALLONS DANSER SUR ELLE.

ACCORD PARFAIT


Disparu le 6 juillet 2020 à l’âge de 91 ans, Ennio Morricone fut un immense compositeur, musicien, arrangeur, producteur et chef d’orchestre. Sa contribution à la musique de films (notamment les westerns spaghetti mitonnés avec son complice réalisateur Sergio Leone) est inestimable tant les bandes originales qu’il a créées demeurent dans toutes les mémoires. Un autre artiste italien, le guitariste Luca Stricagnoli, lui a rendu un hommage saisissant en interprétant magistralement la partition de “For a Few Dollars More” (Pour une poignée de dollars, film sorti en 1964, avec Clint Eastwood). L’intro et la conclusion, avec le canon d’un revolver frappant la corde basse, elle même scotchée à sa base au chatterton pour en accentuer le son mat, sont des plus insolites. Idem pour l’utilisation d’un capodastre astucieusement modifié. Le picking vigoureux, les arpèges délicieux, les harmoniques effleurées, les accords rythmiques ponctués par les claquements secs du pouce (spécialement bagué à cet effet) martelant la caisse de la guitare ; tout y est. Tout raisonne parfaitement avec le style et l’esprit du maestro Morricone. Une preuve supplémentaire que l’art s’enrichit en se transmettant. Et ne meurt jamais tout à fait.

MON ANCIEN NOUVEL AMI


C’était avant les années covid, durant l’été 2018, entre Périgueux et Bergerac. Par delà les jardins et bosquets environnants, je l’avais vu arriver de loin. Sa progression dans l’air chaud du début d’après-midi était élégante, composée par un enchaînement de longs vols planés gracieux et réguliers. Son envergure impressionnante, de 6 à 7 cm, ses ailes triangulaires, à dominante jaune pâle et zébrées de noir, accrochèrent immédiatement mon regard.

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LA 12ème DU GENRE !


Samedi 25 juin 2022, en début d’après-midi, une grosse averse s’abattait sur Paris. Elisa et moi étions blotties à l’arrière d’un taxi qui nous emmenait avenue Daumesnil, en face du commissariat central du 12ème arrondissement, là où nous devions retrouver plusieurs copines brésiliennes, au sein du cortège de la Gay Pride parisienne. Notre chauffeur s’appelait Sébastien, arborait une barbe fournie et une voix rauque. A posteriori, je lui trouvai un air de famille avec un autre Sébastien, dont le nom fait encore trembler l’univers du rugby. Notre Chabal à nous avait également la désinvolture et l’humeur d’un Jean Yanne ou d’un Olivier de Kersauson…

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À COUTEAUX TIRÉS


Invitée à dîner chez un ami proche la semaine dernière, j’avisai, sur le plan de travail de sa cuisine, un ustensile singulier. Ce porte-couteaux métallique représentait une silhouette humaine, d’apparence masculine, lardée de cinq lames affutées, transperçant le corps au niveau des membres inférieurs, de l’abdomen, du thorax et de la tête. Une sorte de poupée vaudou version Scream. Remarquant mon regard intrigué et devinant ma perplexité, il me confia : « Original, cet accessoire non, tu ne trouves pas ? C’est un cadeau de ma future ex-petite amie. Notre rupture n’est pas encore consommée mais j’ai le sentiment qu’elle se doute de quelque chose… »

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OBSERVATION IMPLACABLE


« L’HOMME EST L’ESPÈCE LA PLUS INSENSÉE QUI SOIT.
IL VÉNÈRE UN DIEU INVISIBLE ET MASSACRE UNE NATURE VISIBLE…
SANS SAVOIR QUE CETTE NATURE QU’IL MASSACRE EST CE DIEU QU’IL VÉNÈRE. »

HUBERT REEVES

POV’LANGUE ?


C’est l’abus de langage le plus fréquent, et le plus agaçant, bien installé dans nos échanges quotidiens depuis plusieurs années. Du coup, du coup, du coup… On n’entend plus que cela partout. À hue et à dia, mais surtout à tort et à travers, cette expression contamine toutes les discussions, alors que la langue française regorge de synonymes bien plus variés et précis. À la liste figurant sur le tableau ci-dessus, on pourrait ajouter “finalement”, “dans ces conditions”, “par conséquent”, “à la suite de quoi”, “aussi ” “dès lors”, “c’est pourquoi”, “d’où”, “de telle sorte que”, par suite”, au final”… etc, etc… Au lieu de cela, Du coup” envahit même les débuts de phrases isolées, propositions indépendantes ne référant à aucun discours antérieur et ne faisant donc logiquement suite à aucune idée qui aurait pu justifier une liaison de cause à effet. L’omniprésence de cette locution adverbiale, spécialement dans ce cas de figure, confère à l’absurdité la plus totale. Elle trahit également un vide sidéral dans la pensée et le semblant de raisonnement de ceux et celles qui l’emploient. Cette formule étriquée n’a pas grande valeur sémantique. Bien plus qu’un tic verbal, on peut l’envisager comme un vocable béquille, qui procure à son auteur la fausse impression de meubler la conversation intelligiblement (et non pas intelligemment), tout en se donnant le temps de réfléchir à la suite de l’échange. L’effet produit sur un interlocuteur un tant soit peu sensé aboutira à l’exact opposé. Il en déduira qu’il a affaire à un déficient linguistique de plus. Si la personne impliquée est moins équilibrée voire quelque peu irascible, la scène peut rapidement dégénérer, jusqu’à en venir aux coups. Du coup pour coup…

LA VENGEANCE DU PIGEON


Samedi dernier, revenant de chez ma boulangère avec ma baguette et mes croissants, j’aperçus une bande de pigeons en train de picorer allégrement un sandwich tombé sur le trottoir. Ils étaient une bonne douzaine à ripailler et à profiter de l’aubaine. Deux affreux jojos qui arrivaient en sens inverse se mirent à les pourchasser, tout en essayant de shooter dans les pauvres bêtes, tels des footballeurs décérébrés en mal de victoire dérisoire. Évidemment, leurs coups de pied finissaient dans le vide à chaque fois. Les volatiles s’éparpillaient dans tous les sens puis revenaient sur l’asphalte pour tenter de terminer leur festin tant bien que mal. Les deux olibrius recommençaient de plus belle, avec le même résultat affligeant. Le manège dura de longues minutes, sous les regards amusés ou consternés des passants. À la fin, nos deux ramiers de l’inutile regagnèrent leur voiture garée à proximité, pour siroter, goguenards, deux bières extraites d’un des nombreux packs entreposés dans leur coffre. Les pigeons s’étaient définitivement éloignés de ce terrain de jeu absurde. À regret, ils avaient abandonné leur festin sur le bitume parisien. Un instant, je me surpris à les plaindre. Qu’auraient-ils bien pu faire pour se défendre ou se venger de leurs assaillants ? J’eus la réponse à ma question le lendemain matin…