AUTO-REVERSE

BB SATOR

Un soir de l’année 1991, alors que je venais à peine de quitter la Mayenne pour rejoindre l’Oise, le système auto-reverse de mon autoradio s’enraya subitement. Il était minuit pile et ma montre affichait 00:00. Mauvais présage que ce mauvais œil multiplié par quatre ? Fallait-il lancer un SOS ? Je fus tentée de faire demi-tour. Étais-je capable de (suite…)

LE  CHÊNE  ET  LES  DEUX  GLANDS

Il était une fois un petit chêne qui vivait tranquille et heureux dans sa forêt des Hauts de France. Il croissait et se dressait là où ses ancêtres avaient pris racine, au beau milieu du bois Belleau, à quelques kilomètres des bords de Marne, dont il pouvait sentir la fraîcheur lorsque les vents venaient du sud. Un jour, il vit arriver trois hommes bizarres qui se faisaient appeler “Messieurs les Ingénieurs des Eaux et Forêts », et d’autres cultivateurs tout aussi étranges et encravatés, qui prétendaient travailler sur les champs enlisés.  (suite…)

CHASSÉ  CROISÉ

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Quelquefois, dans la meute anonyme qui m’entoure, je sursaute encore de me sentir réellement discordante. Je voudrais aboyer ma différence sans donner le change, mais je me reprends. Je hume l’air du temps, passablement vicié par la poursuite citadine de petites traques sans importance. Je souris sans montrer les dents. Je marche dans le sens du vent, bien à couvert, au milieu de la horde que je suis certaine d’avoir finalement domestiquée.

À moins que ça soit exactement le contraire qui se soit passé ?


Sometimes, in the middle of the pack surrounding me, I still jump by feeling so discordant. I would like to bark my difference without pulling the wool over, but I get a grip on myself. I smell the spirit of the time, quite contaminated by hunting uninteresting stalks. I smile without baring my teeth. I walk where the wind blows, well covered in the middle of pack which for sure I finally domesticated.

Unless the exact opposite happened ?

WOMEN’S TIME IS ON MY SIDE

Ce 8 mars 2019 vient à peine de débuter que déjà trois ou quatre mâles au sourire narquois me demandent si moi aussi, je vais fêter la journée de la femme ! D’abord, on ne dit pas ‘’journée de la femme’’ mais ‘’journée internationale des droits de la femme’’, leur fais-je remarquer. Devant leur perplexité abyssale, je leur fais l’aumône d’un bref rappel historique. (suite…)

MON BEAU SAPIN



Ultime jour de janvier, premier jour de février…  « Père, Père Noël, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Il n’y a pas si longtemps, fin décembre, c’était l’étoile du salon, la star du living-room. Aujourd’hui, il n’est plus rien. Il n’est plus sur son 31. On l’a dépouillé de ses attraits, comme dans la chanson, bois et guérets. On a saccagé sa parure, confisqué les rubans, les bijoux et les attributs de fête qu’il arborait triomphalement sous les œillades contemplatives d’un public conquis. Noble déchu au faîte de sa gloire, il erre solitaire. Personne ne lui fait plus le moindre cadeau. Déraciné dans les grises rues des grandes villes, il gît nu en exhibant sa verdure. (suite…)

AUSSI  FIDÈLE  QU’UNE  CITATION ?


« PLUS JE CONNAIS LES HOMMES, PLUS J’AIME LES CHIENS »

Est-ce une citation ou un aveu ? Aveu teinté d’un reproche androphobe… On l’a attribué à des personnes aussi différentes que Jules Renard, Brigitte Bardot, Mark Twain, Erik Satie, Fernand Gravey, et même Vladimir Poutine ! À l’occasion, la phrase fut déformée en : « Plus je connais les gens, plus j’aime les chiens » ou encore : « Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien ». Des variantes qui ne nuancent guère la misandrie du propos. Il semble que la véritable paternité (devrait-on dire maternité ?) de la formule  revienne à Madame de Staël. C’est elle qui accoucha la première de cette saillie littéraire. (suite…)

SYMPHONIE  DE  LA  PAGE  BLANCHE


Parfois, l’inspiration tarde à prêter main forte à l’écrivain et le clavier reste muet.
La musique peut alors devenir une alliée de circonstance et doper la créativité.
À moins que ce ne soit l’inverse ?

HAPPY  CHRISTMAS  TIME

L’expectation est si longue et la délectation si courte. Tout jeune déjà, on attend avec impatience cette nuit du 24 au 25 décembre qui s’évanouit toujours trop vite. Avec l’âge, les aspirations changent de costumes. Les hivers successifs les dépouillent de leurs attraits, tels bois et guérets. Même si l’on finit par y croire de moins en moins, le Père Noël demeure un ami bienveillant, si ce n’est pour soi-même au moins pour ceux qu’on aime. Chaque année, il est l’invisible invité de millions de foyers, qui ne lui tiennent nullement rigueur de ses absences répétées et ses visites éclair, pourtant confinées aux limites de l’impolitesse. C’est qu’il a fort à faire ce gentil Père Noël, flanqué de ses deux qualités majeures : indulgence et générosité. Mais que fait-il, une fois ce mémorable réveillon terminé, des 363 autres jours de l’année ?

ASPIRATIONS


En ces temps troublés, où tant de lourdauds se noient en surface et si peu d’inspirations naissent en profondeur, je rêve de silence et d’onde claire. J’écoute ces politiques, mouillés jusqu’au cou, nous parler de ruissellement positif alors que l’on surnage dans leur tsunami de conneries. Je rêve d’une autre musique, plus silencieuse, d’une subtile énergie, plus harmonieuse, qui se jouent ensemble des contraintes extérieures en les embarquant dans un monde de calme intérieur. Je rêve d’un autre courant de pensée, qui inonde nos émotions et plonge les êtres vers de nouvelles réflexions. Julie Gautier, danseuse, réalisatrice et apnéiste (“l’une des dix meilleures de la planète mer”), conjugue trois niveaux de difficultés pour créer “AMA”, un tableau subaquatique d’une complexe fluidité. Elle nous fait voguer à la rencontre de possibles inimaginables qu’elle nous aide à imaginer. Alors qu’en cette période de précipitations sociales nous sommes submergés par un déluge d’incertitudes, c’est une véritable bouffée d’oxygène.