ÉMEUTE  INTÉRIEURE

 

Quelquefois, dans la meute anonyme qui m’entoure et qui m’emporte, je sursaute encore de me sentir réellement discordante.

Je voudrais aboyer ma différence. Je voudrais hurler sans donner le change, mais je me reprends. Je hume l’air du temps, passablement vicié par la poursuite citadine de petites traques sans importance. Je louvoie et je ruse. Je souris sans montrer les dents. Je marche dans le sens du vent, bien à couvert, au beau milieu de la horde que je suis certaine d’avoir finalement domestiquée.

À moins que ça soit exactement le contraire qui se soit passé ?

CORDES  SENSIBLES


Quand la nostalmagie Beatles entre par une de mes oreillettes, elle ne ressort jamais par l’autre. Mon rythme cardiaque s’accélère ou ralentit en fonction des notes et des mots. Leur enchaînement me donne du chœur au ventre. Nous sommes plusieurs en moi, comme toujours, mais cette fois, je les vois. Tout raisonne différemment. Tout est amplifié. Tout est apaisé, tout est excité. Mélodies, paroles, rythmes, images, idées… c’est un carnaval de sensations, de sensibilités qui s’entrechoquent et interagissent à l’infini. Proche et loin, vite et bien, tout est lien et rien n’est rien. Ma vie n’est qu’un instant. Comme un papillon hors saison, j’ai peur du temps. Je sais que je n’ai jamais su compter et que ça ne va pas commencer maintenant. Ça ne peut que finir, mais c’est cela qui me rend gaie et infiniment triste en même temps. Je voltige. Je m’éparpille. Je me laisse porter, emporter, déposer vers un autre hasard, qui n’en est jamais un, et là où ce flot m’échoue, c’est encore une victoire. (suite…)

PIEDS  PLATS


Ouf… Le festival de Cannes est enfin terminé ! Et avec lui le défilé de toutes les godiches dépoitraillées au palmarès à jamais inconnu. Rideau également sur les strings apparents. Il faudra attendre une année pour à nouveau croiser du téton turgescent sur tapis rouge et tâter de la fesse aguicheuse en sortie de limousine. D’ici là, la presse, spécialisée ou non, aura tout le loisir de gloser ou glousser à propos des énièmes sursauts de l’affaire Weinstein. Cortège d’effets spéciaux, de doublages et de trucages à géométrie variable, avec cadrages  interchangeables. Et interprétations plus ou moins primées, entre professionnels du cinéma. (suite…)

LE  14  MAI  DE  LA  FERRONNERIE

De gauche à droite : Brigitte, Giovanna et Henri IV.

C’était un 14 mai et nous quittions, mon amie Giovanna et moi, notre fief du Banana Café, bar mythique et exotique des nuits parisiennes, qui anime la rue de la Ferronnerie et le quartier des Halles depuis près de quarante ans. Ce soir-là, il ne faisait pas froid mais le temps était à la pluie, avec quelques gouttes de nostalgie. Je le fis remarquer à mon amie qui me demanda pourquoi je pensais cela.  D’une Française à une Brésilienne, la traduction des impressions est parfois plus aisée par les silences que par les mots. Je lui devais tout de même une explication. « Esta nostalgia é difícil de explicar ». Généralement, la nostalgie se définit comme un sentiment de regret d’un temps ou d’un lieu autrefois agréables mais devenus lointains. Éloignement spatial ou temporel, peu importe, ce regret n’est pas un remords. C’est un mal du pays ou un bien du passé, comme un soupir intérieur, qui devient présent mais nous échappe en même temps. Saudade, spleen, blues, mélancolie ; un peu de tout cela avec un soupçon d’autre chose. (suite…)

UNE  COMÈTE  EST  PASSÉE



Il est né à Oxford le 8 janvier 1942. Il est mort à Cambridge le 14 mars 2018. Entre ces minuscules bornes géographiques, et la centaine de kilomètres qui séparent les deux plus grandes universités anglaises, une trajectoire de 76 ans hyperboliquement hallucinante a impressionné le monde entier : celle d’un des plus grands scientifiques de notre époque. (suite…)

ASCENSEUR  POUR  L’ESCABEAU

La semaine dernière, en prenant l’ascenseur privé me conduisant auprès d’une personnalité très haut placée, bien au delà du troisième étage de la fusée Marianne, j’entendis avec stupéfaction une voix melliflue me susurrer « Tu montes, chérie ? ». (suite…)

RE-CRÉATIONS  HIVERNALES


La neige a tout recouvert en une nuit. Paris se réveille encore endormi. L’Arc de Triomphe est ravalé et la tour Eiffel a froid aux pieds. Le Champ-de-Mars n’a jamais été aussi beau en février.  La France est un peu engourdie. Les parents toussotent et les enfants gigotent. Le blanc change tout. Il a déroulé en silence un tapis qui se met en boule dans la joie et les cris. Des boules de toutes les tailles, des petites, des grosses, des qui craquent, des qui giclent, des qui explosent, des qui enflent, des qui collent, des qui roulent, des qui se superposent et se métamorphosent.
Des qui suivent leur bonhomme de chemin.
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LIGHT  ALOOF

Dans la continuité des précédents articles édités sur ce sujet brulant, et afin de respecter mon engagement pro-menthols dans le camp du MRAP (Mouvement de Résistance des Allumeuses Professionnelles), je publie régulièrement des éléments flamboyants en faveur d’une tabacomanie libérée et libérale. Cette semaine, je convoque un allié de choc en la personne de Bob Fosse, génial chorégraphe, cinéaste visionnaire et illustre metteur en scène des grandes comédies musicales américaines de feu le vingtième siècle. (suite…)

BYE  BYE  CHAD  !



C’est un dimanche de fin janvier en Lorraine. Il fait froid, un peu humide. Le matin est bleu pâle, pas vraiment triste mais pas très engageant. Mélancolie hivernale. Aux abords du centre-ville, la place Turenne est presque vide. Thionville est en stand-by. Même les pigeons sont engourdis. Cette petite ville de province, que je connais bien pour y avoir vécu et fait mes études secondaires, se remet doucement des fêtes de fin d’année. Le TGV 2809 qui m’a dropée sur les bords de la Moselle quelques minutes plus tôt file vers le Luxembourg. Il emporte des regards perdus derrière les vitres et quelques somnambules arrachés à la Gare de l’Est. (suite…)

LES CENDRES DE DÉCEMBRE


‌Le mois dernier, c’était l’étoile du salon, la star du living-room. Aujourd’hui, il n’est plus rien. Il n’est plus sur son 31. On l’a dépouillé de ses attraits, comme dans la chanson, les bois et guérets. On a saccagé sa parure, confisqué les rubans, les bijoux et les attributs de fête qu’il arborait triomphalement sous les œillades contemplatives d’un public conquis. Souvenirs, souvenirs… Personne ne lui fait plus le moindre cadeau. Déraciné dans les grises rues des grandes villes, il gît nu en exhibant sa verdure. (suite…)