TRIPLE ET DOUBLE DOUBLE


Ce dimanche 18 septembre 2022, sur le circuit du Castellet, la 85ème édition du Bol d’Or fêtait le centenaire de cette célèbre épreuve d’endurance moto, dont le nom a pour origine une ancienne course cycliste, créée en 1894, qui se déroulait elle aussi sur une durée de 24 heures d’affilée. Le vainqueur recevait alors un bol en bronze offert par les chocolats Menier… Mais une 85ème pour un centenaire : qu’est-ce que c’est que ce compte qui ne tient pas la route ? C’est un décompte qui intègre deux périodes sombres : celle de 1940 à 1946, durant laquelle ce rendez-vous ne put être maintenu pour cause de seconde guerre mondiale et celle de 1961 à 1968, durant laquelle la course fut abandonnée.

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14 SEPTEMBRE 2022 : CLAP DE FIN


Avec plus de 80 films en un demi-siècle d’une carrière phénoménale, malheureusement trop peu connue du grand public, Irène Papas fait partie de ces femmes qui marquent une génération beaucoup plus profondément que les suivantes ne le pensent. Native d’un village de Corinthe, en Grèce, l’interprète ténébreuse a tout joué : la tragédie grecque, évidemment, genre dans lequel elle ne pouvait qu’exceller, mais aussi le western et le film noir américain, le péplum italien, l’aventure historique, le film d’auteur et le film de guerre, et tant d’autres variations dans un répertoire qui lui a conféré un statut très particulier sur la scène européenne. Elle a donné la réplique à Kirk Douglas, Anthony Quinn, Richard Burton, Gregory Peck, David Niven, James Cagney, Robert Taylor, Yves Montand, Jean-Louis Trintignant, Jon Voigt, Laurent Terzieff, Omar Sharif, James Mason, Michael Lonsdale, Jeff Goldblum, Dan Aykroyd, Rupert Everett, Nicolas Cage… pour ne citer que les plus connus.

Actrice de renom, mais également chanteuse de grand talent, elle a prêté sa voix à Mikis Theodorakis, ainsi qu’à Vangelis sur deux albums (Odes en 1979 et Rhapsodies en 1986), et même bien avant, en 1972, du temps des Aphrodite’s Child avec Demis Roussos. Surnommée “Bella Greca” ou “Irene Nostra” par le public italien qui l’appréciait beaucoup (elle a tourné avec de nombreux cinéastes de Cinecittà), elle avouait volontiers qu’après Athènes, Rome était sa seconde mère. Farouchement opposée à la junte militaire, elle dut se résoudre à vivre un temps en exil, de 1967 à 1974, durant la période sombre de la dictature des colonels. Brièvement mariée à un acteur et réalisateur grec (de 1947 à 1951) elle n’a pas eu d’enfants et est toujours restée très discrète, pour ne pas dire secrète, à propos de sa vie sentimentale. En 2004, toutefois, peu après la mort de Marlon Brando, elle avoua “un long et secret amour” entre eux deux. Elle précisa qu’ils s’étaient rencontrés pour la première fois à Rome en 1954, qu’ils s’étaient revus pour la dernière fois à Athènes en 1999… et qu’il demeurerait “la grande passion de sa vie”. Une grande passion pour une grande dame qui avait eu 93 ans le 3 septembre dernier.

Depuis une vingtaine d’années, Irène Papas était revenue vivre dans son village natal de Chiliomódi, mais la dernière décennie ne fut pas tendre avec celle qui nous laissa de merveilleux souvenirs, à jamais gravés sur la pellicule. La maladie d’Alzheimer a embrumé les siens et assombri un dernier horizon que Joachim Du Bellay eût pu lui souhaiter plus doux, comme à Ulysse. Mais les tragédies grecques, et leurs tragédiennes, n’y ont sans doute jamais eu droit.

SUR ARTE CE SOIR

JEAN-LUC GODARD (03/12/1930 – 13/09/2022)

Un cinéaste se raconte davantage avec des images qu’avec des mots. En hommage à celui qui a choisi de s’en aller hier, Arte diffuse ce soir deux films de Jean-Luc Godard : “Le Mépris”, sorti en 1963 avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli, et “Prénom Carmen”, sorti vingt ans plus tard, en 1983, avec Maruschka Detmers. D’autres chaînes prendront le relai dans les jours suivants, notamment France 5, dès vendredi prochain, avec le film “À Bout de Souffle” (avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg, en 1960), ou encore Ciné+Classic, qui proposera “Pierrot le Fou”, (avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina, en 1965), le lendemain samedi 17 septembre.

PERFORMANCE INÉDITE


Dimanche 11 septembre 2022, l’équipe de France féminine de basket-ball à trois a réussi un exploit unique dans cette discipline : remporter une troisième Coupe d’Europe après avoir été sacrée championne du monde en juin dernier ! Après avoir balayé l’Espagne, tenante du titre, en demi-finale (21-11), elles n’ont laissé aucune chance aux joueuses des Pays Bas, sèchement battues sur le score de 21-14 en finale.

Écœurant ses adversaires les unes après les autres, les harcelant à chaque seconde de la rencontre, ne leur accordant aucun répit en défense, les punissant quasiment à chaque action offensive, imposant un rythme d’enfer de la première à la dernière seconde, la formation tricolore a fait forte impression tout au long de la compétition. Composée d’une garde noire intraitable derrière (Myriam Djekoundadé capitaine de défense et Marie Mané), d’une meneuse de jeu virtuose (Laetitia Guapo) et d’un feu follet insaisissable (Hortense Limouzin, surnommée Pikachu car branchée sur 2000 volts du début à la fin des matches), cette équipe de France, épatante de vitesse, de justesse et de solidarité, n’a laissé entrevoir aucun point faible, que ce soit sur le plan physique, tactique ou psychologique. On a hâte de les revoir à l’œuvre, notamment lors des J.O. 2024 à Paris, le 3×3 étant devenu discipline olympique depuis les Jeux de 2020 à Tokyo (Japon). « Bon, c’est quand le prochain match ? » demandait d’ailleurs malicieusement la petite Hortense, alors qu’elle et ses coéquipières croulaient sous les embrassades et les congratulations de tout le staff, quelques minutes à peine après avoir décroché ce nouveau titre européen…

De gauche à droite : Myriam Djekoundadé (11), Marie Mané (1), Hortense Limouzin (3), Laetitia Guapo (12).

WATERPROOF


Il y a sur terre des personnes qui, outre la beauté, ont un supplément de grâce et de talent. Kristina Makushenko fait partie de celles-là, à cette particularité près que ce talent et cette grâce, en plus de l’avoir sur terre, elle les magnifie également sous l’eau ! Quadruple championne du monde de natation synchronisée, cette athlète russe, née le 1er juin 1995 à Moscou, vit aujourd’hui à Miami, sur la côte de Floride (USA), chère à Flipper le dauphin. Désormais coach (ses élèves ont intérêt à retenir le souffle), elle a développé son art avec une maîtrise et une technique prodigieuses. La dimension sportive de ses performances, la composante esthétique et la création artistique qu’elle propose sont époustouflantes. Elle plonge la réalité dans le rêve. Elle brasse le fantastique et l’érotique avec une sensualité surréaliste. Telle une créature du futur, une sirène ayant troqué ses écailles pour des résilles et sa nageoire caudale pour des talons aiguille, elle distille le fantasme avec une classe inouïe. Capable d’exécuter un moonwalk tête en bas, elle peut tout aussi bien faire une démonstration de Kung Fu, de roller ou de skateboard subaquatiques sans que cela ne lui pose le moindre problème. Kristina est la seule convive que la plonge n’effraie pas avant de traverser un restaurant immergé (sans doute poissons et fruits de mer), en minirobe noire et bottines compensées. Les dragueurs présomptueux qui s’imagineraient pouvoir lui mettre le grappin dessus feraient bien d’y réfléchir à deux fois. Même si, d’aventure, elle daignait accepter un dernier café en leur compagnie, ils risqueraient fort de finir par boire la tasse.

SUR LE SENTIER DE NAGUÈRE


En 1973, elle avait à peine 26 ans lorsqu’elle était venue lire une déclaration de Marlon Brando lors de la cérémonie des Oscars à Hollywood. Le monstre sacré du cinéma américain, qui avait remporté l’Oscar du meilleur acteur pour son interprétation de Don Vito Corleone, dans le film Le Parrain, réalisé par Francis Ford Coppola, n’avait pas daigné se déplacer. Pire, il avait décidé de refuser son trophée en signe de protestation contre le traitement des Amérindiens par Hollywood. La jeune Sacheen Littlefeather, d’origine apache et yaqui, fut son émissaire. Elle était venue en paix, expliquer la motivation profonde de l’acteur. Elle fut crucifiée sur place par les producteurs et bannie des studios américains…

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UN SOUPÇON DE LÂCHETÉ


Depuis 48 heures, la tentative d’assassinat de l’écrivain Salman Rushdie à New-York alimente les chaînes d’informations continues avec une tendance qui devient insupportable : le refus de nommer la réalité. En effet, que peut-on lire en sous-titre des reportages télévisés ? Des inepties telles que : « L’agresseur présumé a poignardé l’écrivain », « Le suspect a été remis à la police », ou encore « Le FBI enquête sur le supposé coupable »… Suspect ? Présumé ? Supposé ? Voilà un homme de 24 ans qui en a poignardé un autre de 75 ans, sous les objectifs des caméras qui ont filmé la scène et devant des centaines de personnes présentes dans l’amphithéâtre où s’est déroulé cet attentat, et l’on n’ose même plus le qualifier de coupable ou de criminel ! Qu’eût-il fallu qu’il fît pour avoir droit à cette objectivité pourtant élémentaire ? Arriver avec une banderole « Je suis un criminel » ou un T-shirt « C’est moi le coupable » ?!

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26/09/1948 – 08/08/2022


La chanteuse et actrice anglo-australienne est décédée à l’âge de 73 ans, des suites d’un cancer du sein contre lequel elle luttait depuis 30 ans. Une mastectomie en 1992, puis deux récidives (2013 et 2017) l’avaient éloignée des plateaux de cinéma mais n’avaient pas ralenti son activité musicale et ses concerts, dont plusieurs tournées internationales. Mettant sa notoriété et son énergie au service de campagnes d’information pour le dépistage du cancer du sein, elle avait également créé une fondation à son nom afin de financer la recherche sur les plantes médicinales contribuant à lutter contre cette maladie. Le reste du temps, elle aimait vivre tranquillement dans son ranch de Californie du Sud, au milieu de la nature et de ses animaux.

De ses nombreux disques (pop et country) et de sa carrière cinématographique (une dizaine de longs métrages) émerge immanquablement un souvenir torride : celui de son interprétation de “You’re the One that I Want”, en duo avec John Travolta, dans le film Grease, sorti sur les écrans en 1978. Cette silhouette ravageuse et filiforme, ce port de tête impérial et volontaire, cette chevelure solaire et éthérée, ce déhanché chaloupé et hypnotique, ce maquillage frais et incandescent, bref ce charme éclatant et vivifiant qui en électrifia plus d’un, tout cela façonna l’image d’une adorable vamp qui, au delà de son partenaire d’alors, grisa toute une génération de jeunes (et moins jeunes) en quête du grand frisson amoureux. Et je ne parle pas de ces délicieuses mules rouges à talons hauts, assorties à la doublure de son blouson noir et contrastant magnifiquement avec l’ébène chatoyant de sa tenue. Du Stendhal version american fifties, revisitées seventies ! C’est cette apparition et cette émotion rares qu’incarnera encore longtemps Olivia Newton John.

BYE BYE FRANCE


Le bouquet final n’aura pas lieu… du moins la France n’en fera pas partie. Les Bleues ont été éliminées du Championnat d’Europe des Nations de football féminin par l’Allemagne, au terme d’une demi-finale prometteuse sur le papier et peu excitante sur le terrain, à l’instar de cette compétition elle-même. Ce n’est pas tant le fait que les Françaises aient perdu ce match (2-1) que la faible production dans le jeu qui est à déplorer. Excepté une première mi-temps de rêve face à l’Italie pour leur entrée en lice (avec cinq buts à la clef), la France n’a pas montré grand chose. Elle a surtout confessé un manque d’efficacité criant en l’absence de sa meilleure attaquante (Marie-Anoinette Katoto) blessée prématurément, dès le deuxième match, contre la Belgique.

Au delà de la déception de supportrice française, certes un peu chauvine, subsiste un regret de plus en plus vif. Celui de voir le football féminin marcher sur les traces du football masculin dans tout ce qu’il a de plus détestable, notamment au niveau des tricheries, simulations et autres contestations énervantes au possible. Les footballeuses sont devenues quasiment aussi vicieuses et truqueuses que les footballeurs. C’est bien dommage. Il y a quelques années à peine, on ne voyait pas tous ces tirages de maillots, ces raffuts à bras le corps, ces chutes exagérées, ces pertes de temps volontaires en fin de rencontre, bref, toutes ces supercheries destinées à enfumer l’arbitre et obtenir des avantages illégitimes. Aujourd’hui, toutes les équipes féminines s’y sont mises et ce qui faisait le charme du football féminin disparaît à vitesse grand V. De plus en plus d’observateurs font désormais ce constat, et partagent la même désillusion, voir amertume. Décidément, on est bien loin du feu d’artifice espéré.