LEGS OF THE CLOCK

Changement d’heure. Le temps sur leurs talons, les aiguilles s’affolent. Faut-il avancer la grande en premier, juste à la dernière minute ? Faut-il reculer la petite en seconde, un peu avant l’heure ? Deux questions insolubles pour un seul et inextricable problème : pourquoi ces aiguilles se croisent-elles sans cesse alors qu’elles tournent toujours dans le même sens ?

Time change. With time closing in, the clock hands are racing. Should we move the big hand forward first, right at the last minute? Should we move the small hand back second, a little before the hour? Two unsolvable questions for a single, intractable problem: why do these hands constantly cross paths even though they’re always moving in the same direction?

VERY VERY SPECIAL

DU RIO ANCHO À BILLIE JEAN

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De la musique et du soleil plein les oreilles, afin de fêter le retour des beaux jours ; quoi de mieux que ce partage d’impressions et d’émotions ? Comme son nom l’indique, le Barcelona Guitar Trio réunit trois virtuoses de la guitare : Alí Aranco, Xavier Coll et Luis Robisco. Le percussionniste Lucas Balbo, le bailador Jose Manuel Àlvarez et la bailadora Carolina Morgado les épaulent avec talent tout au long de leurs performances, qui vont du flamenco à la reprise de morceaux pop-rock. Une palette artistique très large et un univers musical dans lequel il fait bon se laisser bercer, comme une immersion dans les eaux chaudes de la Méditerranée et de la poésie ibérique.

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JOLIE DOLL

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C’était une poupée, qui faisait now, now, now… Toute la journée, elle faisait now, now, now. Elle était tellement jolie que j’en rêvais la nuit. Mais toute la journée, elle faisait now, now, now. Personne ne m’avait jamais dit que je pouvais lui dire oui. Mais oui, mais oui. À elle, qui sans me regarder, faisait now, now, now…

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LA PIE

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C’est un tableau de saison, intitulé “La Pie”, qui m’a toujours impressionnée, sans mauvais jeu de mots. Claude Monet, l’un des principaux fondateurs de l’impressionnisme, a réalisé cette huile sur toile (89 cm x 130 cm) à Étretat, durant l’hiver 1868-1869. Représentant un paysage enneigé de Normandie, elle a toujours eu la faculté de me replonger dans mes souvenirs d’enfance, de l’autre côté de la France, en Lorraine. Derrière la maison de mes grands-parents, dans le petit village de Beuvillers, en Meurthe et Moselle, un panorama similaire s’offrait à moi chaque hiver. Entre jardins et vergers, juste avant de plonger vers la plaine, un entrelacement de lignes horizontales et verticales me propulsait doucement dans une autre dimension. Le froid n’avait plus d’importance. La nature engourdie, anesthésiée par la neige qui emmitouflait jusqu’aux moindres bruits, les faisant résonner -et raisonner- si différemment, me parlait à mots feutrés. Elle me communiquait tout un écheveau d’impressions, de sentiments et de pensées ouatés, entre mélancolie et enchantement…

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TOMBEAU SAPIN

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Le mois dernier, c’était l’étoile du salon, la star du living-room. Aujourd’hui, il n’est plus rien. Il n’est plus sur son 31. On l’a dépouillé de ses attraits, comme dans la chanson, les bois et guérets. On a saccagé sa parure, confisqué les rubans, les bijoux et les attributs de fête qu’il arborait triomphalement sous les œillades contemplatives d’un public conquis. Souvenirs, souvenirs… Personne ne lui fait plus le moindre cadeau. Déraciné dans les grises rues des grandes villes, il gît nu en exhibant sa verdure.

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CHER PAPA

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Il y a sept ans, dans la nuit du 10 au 11 décembre 2016, mon père s’en est allé. Je rentrais d’un reportage pour Canal + lorsque est tombée la nouvelle que je redoutais tant depuis plusieurs jours. On a beau s’y attendre et tenter de donner le change en société, on sait qu’on ne s’en remettra jamais tout à fait. Un père attentionné est à l’origine de tout ce que l’on fait, de tout ce que l’on est. Son regard, sa voix, son amour, son humour, son parcours, ses conseils, ses manières, ses mystères demeurent en nous à tout jamais.

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À QUATRE MAINS !

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Pourquoi diable, lorsque je déambule en attente de mon TGV Paris-Luxembourg, je tombe toujours sur des pianistes de pacotille, des bras cassés qui tapotent maladroitement sur les claviers mis à leur disposition dans les halls de gare ? Pourquoi diable n’ai-je jamais l’occasion de m’émerveiller devant les prestations de Ladyva et de son complice Dr K dans ces moments-là ? Faut-il aller jusqu’à Londres pour avoir ce délicieux privilège musical ? Cette reine du boogie woogie, à la chevelure aussi longue que ces jambes gainées de noir, ensorcelle tout son monde au rythme effréné de ces prestations rythmiques hors pair. Sa dextérité, couplée à une bonne humeur et un sourire ravageurs, enchaîne les performances pianistiques sans coup férir. Elle est irrésistible, et tellement séduisante lorsque, au détour d’une improvisation dont elle a le secret, elle saisit la main de son partenaire pour la placer entre les siennes et accélérer la cadence. Il y a même quelque chose de sensuel et émoustillant dans cette invitation tactile qui, au delà de la musique, laisse imaginer d’autres affinités. L’art est toujours vecteur de partage entre les êtres humains. Du moins, entre ceux qui le méritent de par leur sensibilité et leur générosité. En y réfléchissant bien, le fait que je n’ai jamais pu assister à l’une de ces rencontres de rêve comporte au moins un avantage. Il élimine la probabilité non négligeable, pour ne pas dire certaine, que je finisse par rater mon train. Et que je n’arrive jamais à destination !

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Why on earth, when I’m waiting for my TGV from Paris to Luxembourg, do I always come across shoddy pianists, broken arms clumsily tapping away on the keyboards provided in station halls? Why on earth do I never get the chance to marvel at the performances of Ladyva and her accomplice Dr K at such times? Do we have to go all the way to London for this delicious musical privilege? This queen of boogie woogie, with hair as long as her black-sheathed legs, bewitches everyone with her frenetic rhythmic performances. Her dexterity, coupled with a cheerful disposition and a devastating smile, make for a seamless succession of piano performances. She is irresistible, and so seductive when, in the midst of an improvisation of which she has the secret, she seizes her partner’s hand to place it between hers and accelerate the cadence. There’s even something sensual and titillating in this tactile invitation which, beyond the music, suggests other affinities. Art is always a vehicle for sharing between human beings. At least, between those who deserve it by virtue of their sensitivity and generosity. Come to think of it, the fact that I’ve never been able to attend one of these dream encounters has at least one advantage. It eliminates the not insignificant, not to say certain, probability that I’ll end up missing my train. And that I’d never reach my destination!

NUAGES D’OCTOBRE

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Par delà ses maisons, par delà l’horizon, le ciel de Lorraine alterne le bleu, le blanc, le gris… avec des nuances de plus en plus sombres. C’est comme s’il nous rappelait que l’été est bien fini et que l’automne commence vraiment. C’est comme s’il nous annonçait que l’hiver sera rude et qu’il ne fera pas de cadeau. C’est comme s’il nous prédisait un avenir à l’image de la météo. Notre société espère toujours du bleu mais, à l’évidence, le gris domine de plus en plus. De par sa situation géographique et son passé historique, la Lorraine a souvent combattu les vents austères avant le reste du pays. Avec ce mois d’octobre, le temps s’assombrit irrémédiablement, et le climat socio-politique international n’est pas du genre à inverser la tendance. Plus à l’Est, c’est pire encore.

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