HELLO DADDY

CHER PAPA

Il y a sept ans, dans la nuit du 10 au 11 décembre 2016, mon père s’en est allé. Je rentrais d’un reportage pour Canal + lorsque est tombée la nouvelle que je redoutais tant depuis plusieurs jours. On a beau s’y attendre et tenter de donner le change en société, on sait qu’on ne s’en remettra jamais tout à fait. Un père attentionné est à l’origine de tout ce que l’on fait, de tout ce que l’on est. Son regard, sa voix, son amour, son humour, son parcours, ses conseils, ses manières, ses mystères demeurent en nous à tout jamais.

Il fait partie de nos souvenirs, même lorsque le temps a cru les effacer et qu’ils resurgissent au hasard d’un album photo ou d’une discussion entre amis. En jeune marié ou avec les cheveux longs pour les besoins du cinéma, il est toujours le plus beau et le plus sympa des papas, comme dans nos affirmations d’écolier en cour de récré. Il était là même lorsque l’on ne le savait pas, de nos premiers pas à nos premiers émois. Il fut le premier guide, le premier référent, parfois pressant, parfois discret, parfois prégnant, parfois secret. Il a initié des épopées dignes de la découverte des Amériques. J’entends encore le feulement des roseaux sur les flancs du canoé lorsqu’il nous a emmenés, ma sœur et moi, en balade sur la Meuse. Ce fut l’une des plus belles journées de ma vie, du côté de Consenvoye, petit village meusien dans lequel je ne suis jamais retourné, mais dont le nom est resté gravé en lettres de soleil et d’azur. Ce fut une parenthèse unique, une de celles qui changent les perspectives, qui appellent d’autres rivages, et qui révèlent que les berges sont bien plus belles lorsque l’on s’aventure au milieu de la rivière. Où que tu sois aujourd’hui, encore merci, cher papa, de m’avoir appris à marcher, à nager, à plonger. Même, et surtout, à contre-courant.

Seven years ago, on the night of December 10-11, 2016, my father passed away. I was on my way home from a report for Canal + when the news came that I had been dreading for several days. No matter how much you expect it and try to put on a brave face, you know you’ll never quite get over it. A caring father is the source of everything we do, everything we are. His look, his voice, his love, his humour, his background, his advice, his manners, his mysteries remain with us forever.

He’s part of our memories, even when time seems to have erased them and they resurface by chance in a photo album or a chat between friends. As a newly-wed or with long hair for movie purposes, he’s always the most handsome and the nicest dad, as in our schoolyard assertions. He was there even when we didn’t know it, from our first steps to our first emotions. He was the first guide, the first referent, sometimes pressing, sometimes discreet, sometimes insistent, sometimes secret. He initiated epics worthy of the discovery of the Americas. I can still hear the reeds rustling on the sides of the canoe as he took my sister and me for a ride on the Meuse. It was one of the most beautiful days of my life, near Consenvoye, a small Meuse village to which I’ve never returned, but whose name has remained engraved in letters of sunshine and azure. It was a unique interlude, one of those that change perspectives, that call up other shores, and that reveal that the banks are much more beautiful when you venture out into the middle of the river. Wherever you are today, thank you again, dear Dad, for teaching me to walk, swim and dive. Even, and above all, against the current.

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