WONDERFUL RIOT WOMEN

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Je m’apprêtais à passer un samedi soir mollasson, entre télévision anodine et pique-nique micro-ondable sur mon lit, quand, au détour d’un zapping désabusé, mon écran afficha le titre “Riot Women”, que l’on peut traduire par “Émeute de Femmes”. La première séquence n’avait rien de très funky. Fermette bucolique dans un suburb anglais, paumé entre Leeds et Manchester, intérieur un rien campagnard, corde en nylon tressé avec nœud coulant, lettre d’adieu sur le piano et tabouret à l’aplomb du lien macabre ; à l’évidence se dessinaient les prémisses d’un suicide par pendaison… Celui d’une prof sexagénaire au bout du rouleau et d’une vie cabossée par la solitude et les désillusions. Et puis le téléphone vibra, et avec lui l’improbable projet d’un groupe musical initié par une vieille amie. Et puis un générique punk-rock qui décoiffe vint éclabousser ce prélude bizarroïde en mêlant formes humaines solarisées et lettres écarlates…
Il était 21 heures lorsque je me suis laissé happer par l’intro insolite de cette incroyable série télévisée. Il était 4 heures du mat lorsque j’en suis sortie, pas tout à fait indemne. J’avais bingé d’un trait les six épisodes de la saison 1 ! Il y en aurait eu davantage que je serais encore en train de mater mon téléviseur. Diffusée actuellement en version française par la chaîne Téva, et disponible en replay sur M6, Riot Women est une série télévisée britannique écrite et réalisée par Sally Wainwright, à qui l’on devait déjà Happy Valley (2014-2023), Last Tango in Halifax (2012-2020) et Scott & Bailey (2011-2016). Produite par Drama Republic, avec la participation de la BBC et de Britbox, cette œuvre foisonne de trouvailles dans l’évolution de l’intrigue et des arcs narratifs qui s’enchâssent parfaitement les uns dans les autres.
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Lorraine Ashbourne, Rosalie Craig, Joanna Scanlan, Amelia Bullmore, Tamsin Greig.
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Si l’action se déroule à Hebden Bridge, petite ville située dans le Yorkshire, au Nord-Ouest de l’Angleterre, ce n’est sans doute pas un hasard. Réputée pour ses paysages pittoresques, son atmosphère bohème, son ambiance alternative et son engagement envers la communauté LGBTQ+, elle est considérée comme l’une des villes les plus gay-friendly du Royaume-Uni. Sally Wainwright ne pouvait choisir meilleur creuset pour concocter une aventure humaine hors du commun. Celle-ci réunit cinq femmes vivant, d’aucuns diront survivant, dans un cocon merveilleusement chaotique. Beth, la prof suicidaire qui se débat entre un frère cupide, une mère sénile et un mari qui s’est fait la malle, a l’impression de sombrer lentement dans l’invisibilité la plus totale. Jess, la propriétaire d’un pub de banlieue, qui pense que « les hommes sont tous mal câblés » (son mari volage a également mis les voiles) a bien du mal à gérer les embardées de sa fille bisexuelle à la progéniture envahissante. Holly, fraîchement retraitée de la police locale, en charge d’une mère qui commence à débloquer sérieusement, cherche désespérément son bonheur dans des applis de rencontre peu probantes. Yvonne, la sœur psycho-rigide de Holly, enchaîne les accouchements dans la maternité du secteur avec un certain cynisme. Kitty, issue d’une famille de gangsters peu recommandable, entretient un look provocateur et une attitude de rebelle déjantée qui constituent un rempart à la fois extérieur et intérieur pour refouler un lourd secret. Sous une apparente vulnérabilité, toutes ont en commun une formidable résistance aux vents contraires. Elles vont naviguer de concert avec la formation de leur groupe punk-rock. À travers leurs répétitions, leurs performances sur scène et l’écriture de chansons, elles vont tisser un lien indéfectible permettant d’exprimer leur colère, de surmonter leurs déceptions et d’envisager d’autres perspectives. Le groupe devient catalyseur d’émotion et d’évolution. Ces femmes refusent toute capitulation face aux injustices sociales, à la misogynie, aux déboires amoureux ou à leur âge. Pas étonnant que l’une de leurs compositions majeures, intitulée “Seeing Red” (musique composée par le groupe de rock alternatif ARXX), aborde de plein fouet le thème de la ménopause.
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Sans déflorer le sujet, il est bon d’ajouter que tout au long des six épisodes (58 minutes chacun) de la saison 1 de Riot Women, l’humour anglais assaisonne finement émotion et réflexion. On passe graduellement du sourire aux larmes, de l’espoir que cela va aller mieux à la crainte que cela empire. Et, fort heureusement, inversement. Les cinq actrices principales jouent juste, à l’unisson de leurs inspirations et de leurs aspirations. Pas le moindre couac dans leurs partitions solos comme dans leur exécution d’ensemble. Cette harmonie est contagieuse. Elle touche aussi les rôles secondaires, majoritairement féminins. Quant à la gent masculine, elle apparait sous un jour peu flatteur, c’est un euphémisme. Certes, dans cette série comme dans la société, tous les hommes ne sont pas des gros nuls machos, infidèles et violents, mais tous les gros nuls machos, infidèles et violents sont des hommes… À leur sujet, Louis Aragon et Jean Ferrat devraient peut-être revoir leur copie. Testostérone et virilité versus progestérone et sensibilité. Quels sont les éléments essentiels au devenir de l’humanité ? À leur manière les Riot Women répondent et interrogent chacun en son âme et conscience. Peut-être développeront-elles un jour l’analyse en composant une chanson sur les transgenres mtf (male to female). En attendant, merci à la BBC d’avoir annoncé le renouvellement de la série. On a hâte de découvrir la deuxième saison.
Un aperçu plus parlant et musical des Riot Women est fourni par les trois vidéos suivantes :
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Paroles et Traduction de « Seeing Red »
- I’m so depressed, I can’t get dressed
Je suis tellement dépressive, je ne peux pas m’habiller - Having trouble hiding my lack of interest
J’ai du mal à cacher mon manque d’intérêt - Bloodstains, pouring like rain
Taches de sang, qui coulent comme la pluie - Borderline from bleeding all day
À bout de nerfs à force de saigner toute la journée - Time’s waiting, feels like I’m fading
Le temps s’étire, j’ai l’impression de m’effacer - Doctor told me to stop complaining
Le médecin m’a dit d’arrêter de me plaindre - If it happened to float, God only knows
Si c’était arrivé aux hommes, Dieu seul le sait - We’d be getting HRT from Tesco
On obtiendrait notre THS au supermarché Tesco - Am I invisible? Am I untouchable? Am I unlovable?
Suis-je invisible ? Suis-je intouchable ? Suis-je indatable/inmable ? - Are you all comfortable?
Vous êtes tous bien installés ? - And I’m seeing red, red, red, red, red, red
Et je vois rouge, rouge, rouge… - I’m angry, I’m nice, I’m fuming, I’m fine
Je suis en colère, je suis gentille, je fume de rage, je vais bien - All the twins leave me feeling like jack-o’-lanterns hide
Tous ces bouleversements me font me sentir comme une citrouille évidée - Buckle up, it’s about to get rough
Accrochez-vous, ça va secouer - I’m on a rollercoaster and I wanna get off
Je suis sur des montagnes russes et je veux descendre - I’ve got a UTI, I’ve got no drive
J’ai une infection urinaire, je n’ai plus aucune énergie - Big surprise, my libido took a nosedive
Quelle surprise, ma libido a chuté en piqué - Night sweats, too dark to sex
Sueurs nocturnes, trop sombre pour faire l’amour - Lie awake, thinking about killing myself
Je reste éveillée, à penser au suicide - Give me HRT
Donnez-moi un THS (Traitement Hormonal)
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