AU  SUD  DE  LA  MÉMOIRE

C’était le deuxième jeudi du mois d’août 1998. Encore étourdie par sa première coupe du monde, conquise au dépens d’un Brésil balbutiant son football, la France somnolait sa convalescence bigarrée. Elle sortait à peine d’une vague de chaleur ayant anesthésié le pays durant une semaine. Au fond du Quercy blanc, tout au bout d’un chemin de terre longeant un champ de blé fraichement coupé, un homme marchait doucement. Il était 13 heures et des poussières, qui s’envolaient avec le temps d’une nostalgie suspendue à autre chose. Clouée au sol par un chapeau foncé, son ombre découpait un début d’après-midi qui s’annonçait oppressant.  (suite…)

DE PARIS À PÉRIGUEUX


Mardi minuit et ma petite rue dans le onzième arrondissement.
Mercredi six heures et demie, dans la campagne de Dordogne.
Deux mondes se rejoignent mais toujours les arbres nous accompagnent.

6 – 25 – 6


Le réveil était réglé sur 6:26. Je devais être sur pied de bonne heure ce lundi matin et j’avais placé mon téléphone loin du lit pour être obligée de me lever dès les premiers décibels de la sonnerie. Je ne voulais pas risquer de me rendormir après l’avoir éteint d’une main somnambule. C’était sans compter un rêve étrange, rêve qui déverrouilla mes paupières à 6:25 très exactement. (suite…)

20.000  VAINS  MILLE

Ils ne partirent pas cinq cents et par un prompt renfort, ne se virent pas trois mille en arrivant à bon port. N’en déplaise aux corvidés de tous poils, cette tragédie-là se joue sur 20.000 pieds désespérés. Diffusé à la grande époque de l’émission quotidienne Le Set sur Pink TV, et sous l’œil affuté d’Éric-Emmanuel Schmitt, ce billet d’humeur colle étonnamment à l’actualité brulante du football et de ses supporters, en cette période de rencontres internationales très spéciales…

ÉMEUTE  INTÉRIEURE

 

Quelquefois, dans la meute anonyme qui m’entoure et qui m’emporte, je sursaute encore de me sentir réellement discordante.

Je voudrais aboyer ma différence. Je voudrais hurler sans donner le change, mais je me reprends. Je hume l’air du temps, passablement vicié par la poursuite citadine de petites traques sans importance. Je louvoie et je ruse. Je souris sans montrer les dents. Je marche dans le sens du vent, bien à couvert, au beau milieu de la horde que je suis certaine d’avoir finalement domestiquée.

À moins que ça soit exactement le contraire qui se soit passé ?

CORDES  SENSIBLES


Quand la nostalmagie Beatles entre par une de mes oreillettes, elle ne ressort jamais par l’autre. Mon rythme cardiaque s’accélère ou ralentit en fonction des notes et des mots. Leur enchaînement me donne du chœur au ventre. Nous sommes plusieurs en moi, comme toujours, mais cette fois, je les vois. Tout raisonne différemment. Tout est amplifié. Tout est apaisé, tout est excité. Mélodies, paroles, rythmes, images, idées… c’est un carnaval de sensations, de sensibilités qui s’entrechoquent et interagissent à l’infini. Proche et loin, vite et bien, tout est lien et rien n’est rien. Ma vie n’est qu’un instant. Comme un papillon hors saison, j’ai peur du temps. Je sais que je n’ai jamais su compter et que ça ne va pas commencer maintenant. Ça ne peut que finir, mais c’est cela qui me rend gaie et infiniment triste en même temps. Je voltige. Je m’éparpille. Je me laisse porter, emporter, déposer vers un autre hasard, qui n’en est jamais un, et là où ce flot m’échoue, c’est encore une victoire. (suite…)

PIEDS  PLATS


Ouf… Le festival de Cannes est enfin terminé ! Et avec lui le défilé de toutes les godiches dépoitraillées au palmarès à jamais inconnu. Rideau également sur les strings apparents. Il faudra attendre une année pour à nouveau croiser du téton turgescent sur tapis rouge et tâter de la fesse aguicheuse en sortie de limousine. D’ici là, la presse, spécialisée ou non, aura tout le loisir de gloser ou glousser à propos des énièmes sursauts de l’affaire Weinstein. Cortège d’effets spéciaux, de doublages et de trucages à géométrie variable, avec cadrages  interchangeables. Et interprétations plus ou moins primées, entre professionnels du cinéma. (suite…)

LE  14  MAI  DE  LA  FERRONNERIE

De gauche à droite : Brigitte, Giovanna et Henri IV.

C’était un 14 mai et nous quittions, mon amie Giovanna et moi, notre fief du Banana Café, bar mythique et exotique des nuits parisiennes, qui anime la rue de la Ferronnerie et le quartier des Halles depuis près de quarante ans. Ce soir-là, il ne faisait pas froid mais le temps était à la pluie, avec quelques gouttes de nostalgie. Je le fis remarquer à mon amie qui me demanda pourquoi je pensais cela.  D’une Française à une Brésilienne, la traduction des impressions est parfois plus aisée par les silences que par les mots. Je lui devais tout de même une explication. « Esta nostalgia é difícil de explicar ». Généralement, la nostalgie se définit comme un sentiment de regret d’un temps ou d’un lieu autrefois agréables mais devenus lointains. Éloignement spatial ou temporel, peu importe, ce regret n’est pas un remords. C’est un mal du pays ou un bien du passé, comme un soupir intérieur, qui devient présent mais nous échappe en même temps. Saudade, spleen, blues, mélancolie ; un peu de tout cela avec un soupçon d’autre chose. (suite…)

UNE  COMÈTE  EST  PASSÉE



Il est né à Oxford le 8 janvier 1942. Il est mort à Cambridge le 14 mars 2018. Entre ces minuscules bornes géographiques, et la centaine de kilomètres qui séparent les deux plus grandes universités anglaises, une trajectoire de 76 ans hyperboliquement hallucinante a impressionné le monde entier : celle d’un des plus grands scientifiques de notre époque. (suite…)

ASCENSEUR  POUR  L’ESCABEAU

La semaine dernière, en prenant l’ascenseur privé me conduisant auprès d’une personnalité très haut placée, bien au delà du troisième étage de la fusée Marianne, j’entendis avec stupéfaction une voix melliflue me susurrer « Tu montes, chérie ? ». (suite…)