Ce 8 mars 2026 vient à peine de débuter que déjà trois ou quatre mâles au sourire narquois me demandent si moi aussi, je vais fêter la journée de la femme ! D’abord, on ne dit pas ‘’journée de la femme’’ mais ‘’journée internationale des droits de la femme’’, leur fais-je remarquer. Devant leur perplexité abyssale, je leur accorde l’aumône d’un bref rappel historique.
Fin décembre, j’avais trouvé une idée et un visuel d’enfer pour confectionner ma carte de vœux 2026. De l’Ukraine au Venezuela, des méga-incendies ayant sévi de la Californie à la Grèce, en passant par le Canada, la Turquie ou l’Espagne, une planète qui s’enflammait de tous les côtés, au sens propre comme au sens figuré, m’avait fourni le prétexte idéal pour fustiger l’embrasement général ayant consumé 2025. Afin d’étouffer ce mauvais sort, et de formuler des vœux on ne peut plus ardents pour 2026, je m’étais improvisée cheffe pompier flamboyante. J’apparaissais en petite tenue incandescente, bustier porte-jarretelles et string rouge vif, bas résille et talons aiguille assortis, avec un énorme extincteur à la main. La photo était assez hot. L’accroche qui la barrait en majuscules vermillon indiquait : « Meilleurs Feux 2026 ». Le sous-titre spécifiait : « Carbone et Sulfureuse Année à Tous et à Toutes ». Je ne prétends pas que c’était la trouvaille du siècle, mais le visuel et le texte se complétaient bien. L’ensemble fonctionnait pas mal… J’avais prévu de l’éditer au lendemain du jour de l’an. Et puis, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, lors du réveillon de la Saint Sylvestre en Suisse, il y eut le drame de Crans-Montana : un bar-disco bondé devenu brasier meurtrier en quelques secondes. Dès lors, inutile de préciser que la thématique incendiaire et le coup de l’extincteur passaient beaucoup moins bien.
Désireuse de me changer les idées, une amie très fortunée, s’étant récemment piquée de devenir une championne de golf, m’a embarquée dans son délire sportif. Selon elle, un voyage express en Floride s’imposait. C’était la meilleure façon de débuter 2026. Dans l’avion, elle me fit lire une enquête du “HuffPost” selon laquelle, en 2025, Donald Trump himself avait passé une quarantaine de jours à jouer au golf. Cette petite excentricité présidentielle avait couté la bagatelle de 70 millions de dollars au contribuable américain, davantage préoccupé par les trous dans la blacklist des fins de mois difficiles que par ceux disséminés sur le green. À peine débarquées à Miami, nous fûmes prises en charge par un généreux sponsor anonyme. Toute jeune, mon amie avait déjà beaucoup d’entregent. Nous fûmes ensuite escortées jusqu’à une somptueuse résidence de Palm Beach. Cette luxueuse demeure, de style hispano-mauresque et vénitien, est nichée dans une jolie propriété au nom exotique de Mar-a-Lago. En espagnol, cela signifie : « de la mer au lac ». Ce quartier insulaire, délicatement léché par l’océan Atlantique, abrite l’une des plus fortes concentrations de milliardaires des États-Unis. L’air que l’on y respire est très vivifiant. En revanche, l’aménagement intérieur des chambres d’hôtes laisse quelque peu à désirer. Le style est par trop pompeux et la déco pour le moins baroque. Il y a des drôles d’écussons un peu partout et des portraits d’un vieux beau au regard vitreux à chaque coin de couloir ou pan de mur. Il a une affreuse moumoute aussi peroxydée qu’une cagole de bas quartier. Et, en plus, il parait qu’il triche au golf ! Enfin, je ne vais pas cracher dans le gaspacho. Au moins, cette aventure pittoresque m’aura permis d’éditer cette jolie carte de vœux 2026, from Mar-aLago.
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At the end of December, I had found a great idea and image for my 2026 greeting card. From Ukraine to Venezuela, with mega-fires raging from California to Greece, via Canada, Turkey, and Spain, a planet ablaze on all sides, both literally and figuratively, provided me with the perfect excuse to condemn the general conflagration that consumed 2025. In order to stifle this bad luck and make the most ardent wishes for 2026, I improvised as a flamboyant fire chief. I appeared in a skimpy, incandescent outfit, a strapless bustier and bright red thong, fishnet stockings and matching stiletto heels, with a huge fire extinguisher in my hand. The photo was pretty hot. The headline across it in vermilion capital letters read: “Best Fires 2026.” The accompanying subtitle specified: “A Carbon and Sulfurous Year to All.” I’m not claiming it was the discovery of the century, but the visuals and text complemented each other well. The whole thing worked pretty well… I had planned to publish it the day after New Year’s Day. But then, on the night of December 31 to January 1, during New Year’s Eve celebrations in Switzerland, the tragedy in Crans-Montana occurred : a crowded disco bar that turns into a deadly inferno in a matter of seconds. Needless to say, the incendiary theme and the fire extinguisher gag were much less appropriate after that.
Wanting to take my mind off things, a very wealthy friend, who had recently taken it into her head to become a golf champion, dragged me along on her sporting adventure. According to her, a quick trip to Florida was in order. It was the best way to start 2026. On the plane, she showed me a HuffPost article reporting that Donald Trump had spent around 40 days playing golf in 2025. This little eccentricity of the American president had cost US taxpayers a whopping $70 million, who were more concerned about the holes in their budgets at the end of a difficult month than those on the golf course. As soon as we landed in Miami, we were taken care of by a generous anonymous sponsor. Even though she was very young, my friend already had great people skills. We were escorted to a sumptuous residence in Palm Beach. This luxurious home, built in a Spanish-Moorish and Venetian style, is nestled in a beautiful property with the exotic name of Mar-a-Lago. In Spanish, it means “from the sea to the lake.” This island neighborhood is home to one of the highest concentrations of billionaires in the United States. The air you breathe there is very invigorating. On the other hand, the interior design of the guest rooms leaves something to be desired. The style is overly pompous and the decor is baroque, to say the least. There are strange coats of arms everywhere and portraits of a handsome old man with a glassy stare at every corner of the hallway or wall. He has an awful toupee that’s as peroxide-blonde as a low-class bimbo. And on top of that, it seems he cheats at golf! Anyway, I’m not going to spit in the gazpacho. At least this adventure has allowed me to edit this pretty 2026 greeting card, from Mar-a-Lago.
FELIZ CHRISTMAS
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De l’avis général, Noël est un moment de partage exceptionnel, une occasion unique de mettre en commun les sentiments humains les plus joyeux et généreux, de relier les bonnes vibrations d’une année qui se termine à celle d’un nouveau millésime que l’on espère encore meilleur. Alors, de la même manière que le groupe Walk Off the Earth partage sa guitare (nous en avons déjà parlé sur ce blog), partageons cette chanson de Noël, entre l’espagnol et l’anglais, sans modération ni discrimination. Et si cela ne suffit pas, ce qui serait étonnant, remettons-en une petite couche avec le célébrissime Happy Xmas de John Lennon, plus mitigé et interrogateur, mais foncièrement généreux à défaut d’être totalement optimiste. Écrite en 1971, cette ballade possède une double identité. Chanson de Noël, bien sûr, c’est aussi une chanson protestataire contre la guerre (à l’époque celle du Vietnam). Un demi-siècle plus tard, sa conclusion demeure d’actualité : « Un très joyeux Noël et une heureuse nouvelle année… Espérons qu’elle sera bonne, sans aucune peur. La guerre est finie si tu le veux. La guerre est finie maintenant. » La période de Noël, comme la fin de l’année, correspond aussi à celle des vœux pieux et des bonnes résolutions. Pourquoi ne pas faire semblant d’y croire ? S’il y a un temps pour cela, c’est bien durant cette dernière semaine de décembre.
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By all accounts, Christmas is an exceptional time for sharing, a unique opportunity to pool the most joyful and generous feelings, to link the good vibrations of a year that’s ending with those of a new vintage that we hope will be even better. As the band Walk Off the Earth shares its guitar (we’ve already talked about it on this blog), so let’s share this Christmas song, between Spanish and English, without moderation or discrimination. And if that’s not enough, which would be astonishing, let’s add another layer with John Lennon’s famous Happy Xmas, more mixed and questioning, but fundamentally generous if not totally optimistic. Written in 1971, this ballad has a dual identity. A Christmas song, of course, it is also a protest song (at that time, against the Vietnam War). Half a century later, its conclusion remains relevant: « A very merry Christmas and a happy New Year… Let’s hope it’s a good one, without any fear. War is over if you want it. War is over now. » Christmas, like the end of the year, is also a time for pious wishes and good resolutions. Why not pretend to believe it? If ever there was a time for that, it’s during this last week of December.
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LET IT BE
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Le texte est quelque peu sibyllin, parsemé de références aux Beatles, et spécialement à John Lennon. Il fut publié dans le numéro 1 du magazine Santiag, en février 1983. Tout neuf journaliste, je tenais à rendre hommage à l’une des idoles de ma jeunesse, assassinée deux ans plus tôt, dans la soirée du 8 décembre 1980, à New York. À côté du titre “Décade 12-80”, pour décembre 1980, figurait simplement une photographie de John Lennon enfant, un cliché ignoré du grand public mais bien connu des spécialistes. Ces quelques lignes rendaient compte d’une triste réalité, celle d’une fin d’année qui se dirigeait tranquillement vers les fêtes de Noël quand les radios nous balancèrent cette flèche empoisonnée en plein cœur.
Pourquoi les dindes de Noël ont-elles un mois d’avance aux USA ? Pourquoi sont-elles le fleuron du banquet de Thanksgiving, qui a lieu le dernier jeudi de novembre ? Parce que là-bas, pour la nourriture comme pour le reste, une idée simple perdure : plus on consomme rapidement, plus on engrange du profit et plus on prospère grassement. Et malheur aux dindons de la farce. Étymologiquement, le terme « thanksgiving » est composé des deux mots thanks (merci) et giving (du verbe to give, donner). Il signifie donc “merci de donner” ou encore “merci pour le don”. En français, on le traduirait par “action de grâce”.
Historiquement, la fête de Thanksgiving trouve son origine au XVII° siècle. En septembre 1620, un vaisseau marchand anglais nommé “Mayflower” quitta le port de Plymouth avec 132 personnes à son bord. Il débarquèrent deux mois plus tard sur la côte Est, à hauteur de ce qui deviendra le Massachusetts. Malheureusement, la moitié d’entre eux ne passa pas le premier hiver. Scorbut, maladies diverses, rigueur climatique, mauvaises conditions de vie, méconnaissance des ressources locales… tout semblait leur être défavorable. Tout allait leur être fatal. Les survivants ne durent leur salut qu’à la bienveillance et la générosité des autochtones. Ces Amérindiens partagèrent d’abord des vivres essentielles à leur survie, puis leur enseignèrent quelles cultures privilégier (maïs, haricots, courges, potirons…) ainsi que des techniques de pêche et de chasse, ou d’extraction de sève d’érable. Ils leur apprirent aussi quelles baies toxiques ou plantes vénéneuses éviter.
L’année suivante, en 1621, les colons fêtèrent leur première belle récolte en organisant un grand repas et en invitant leurs sauveurs pour les remercier. Ce fut le tout premier « Thanksgiving », le premier festin pour « dire merci », événement qui devint par la suite une tradition annuelle. En 2025, les Yankees font plus que jamais bombance pour l’occasion. Les descendants des premiers colons s’invitent joyeusement entre eux alors que 90 à 95 % des populations autochtones ont été éliminés ! Au total, la conquête du Nouveau Monde par la Vieille Europe aura coûté la vie à plus de 70 millions de personnes originaires des deux Amériques. En ce qui les concerne, Thanksgiving n’a pas vraiment été l’occasion de remercier Dieu pour les bienfaits reçus. Leurs rares descendants ont dû souvent repenser à cet épisode initial, ressasser cette générosité et cette solidarité bien mal récompensées. Et cette opportunité manquée de tuer dans l’œuf la menace et l’envahisseur meurtriers ! Jon Stewart, humoriste et satiriste new-yorkais illustre parfaitement cette idée en déclarant : « J’ai célébré Thanksgiving à l’ancienne. J’ai invité tous mes voisins chez moi. Nous avons fait un énorme festin. Puis je les ai tués et j’ai pris leurs terres ». Une autre blague circule régulièrement et puise à la source du même humour noir : « Les Amérindiens célèbrent-ils Thanksgiving ? ». « Oui. Ils l’ont fêté aussi. Une seule fois ! ».
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SIXTIESMANIA
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Exhumées d’une boîte à archives en noir et blanc grâce à une émission anglaise diffusée il y a soixante ans, presque jour pour jour, voici quelques interprétations, étonnantes pour certaines, émouvantes pour d’autres, des chansons des Beatles. Au delà de la musique du célèbre groupe, c’est toute une atmosphère qui resurgit durant ces trois quarts d’heure très divertissants. La mise en scène et les danseuses au charme so british ajoutent une touche « swinging London » typique de cette période faste. Parmi la longue liste des invités, figuraient, entre autres, Esther Phillips, Marianne Faithfull, Peter Sellers, Gilla Black, ainsi que notre représentant français Dick Rivers. Le George Martin Orchestra, ainsi que les Beatles eux-mêmes, contribuèrent activement à le fête. D’autres artistes, moins connus mais tout aussi enthousiastes, apportèrent leur écot, souvent personnel et original, à ce show s’inscrivant dans la lignée des grandes émissions de variétés musicales de l’époque. Cette délicieuse carte postale du passé, envoyée sur les ondes le 16 décembre 1965, nous parvient aujourd’hui, tel un clin d’œil musical hors du temps, griffé de la désormais fameuse signature Lennon/McCartney. Une missive des sixties soixante années plus tard.
FEUILLETS D’AUTOMNE
RINGO THE GREATEST
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En 1962, lorsqu’il rejoignit les Beatles, Ringo Starr était le plus âgé des quatre garçons dans le vent, ceux-là mêmes qui allaient déclencher une tempête musicale sans précédent sur tous les continents. En 2025, au moment de souffler ses 85 bougies, il en est toujours le doyen. Certes, du célèbre quatuor, il ne reste plus aujourd’hui qu’un duo (avec Paul McCartney), qui ne se reforme que très rarement. Sans en avoir l’air, parmi les plus grandes stars, Ringo est devenu l’un des derniers survivants d’une autre époque. Pourtant, le début de son histoire est loin de démarrer en fanfare. Vraiment pas de quoi fredonner I Feel Fine.
Pour l’état civil, elle se nommait Anna Maria Massetani. Elle était née à Rome le 30 juin 1933 et s’apprêtait à fêter son 92ème anniversaire avec un bonheur discret, comme à son habitude, quand la mort est venue la surprendre, ce lundi 23 juin 2025, à son domicile romain, dans le quartier de Parioli. De 1954 à 1984, elle avait tourné une cinquantaine de films sous la direction de réalisateurs de haut vol, tels Michelangelo Antonioni, Sergio Leone, Dino Risi, Carlos Saura, Claude Sautet, Louis Malle, René Clément, John Frankenheimer, Claude Pinoteau, Pierre Granier-Deferre, Michel Deville, les frères Taviani, Henri Verneuil, Gérard Pirès, Giuseppe Bertolucci… Pourtant, le cinéma n’était pas sa vocation première, loin de là. Sa carrière d’actrice et son rapport au septième art demeurent parmi les plus atypiques.
Ce mois ne fait-il vraiment que ce qui lui plait ? Ça commence le 1er mai par une fête du travail qui, dès 1890, pousse les manifestants à défiler avec un triangle rouge à la boutonnière, symbolisant la journée divisée en trois parties égales : travail, sommeil, loisirs. La fleur d’églantine assure ensuite un bref relais avant que le brin de muguet ne reprenne le dessus, et le devant de la scène. En 1561, Charles IX avait déjà adopté la coutume d’offrir des brins de muguet aux dames de la cour en ce premier mai décidément bien inspiré.