ELLE  SAVAIT  !


C’était en 2006. Fred Vargas, qui a une formation de médiéviste et d’archéozoologue (l’archéozoologie est la discipline scientifique qui reconstitue l’histoire des relations naturelles et culturelles entre l’homme et l’animal), était venue chez Thierry Ardisson pour expliquer ce qui nous attendait lorsqu’un virus type grippe aviaire ou H1N1 allait passer à l’attaque, après une mutation ou une autre. Son diagnostic est frappant de lucidité. Il faut dire, outre son activité d’écrivain (romans policiers et nouvelles), qu’elle a été chercheuse au CNRS et est titulaire d’un doctorat en histoire sur la peste au Moyen Âge. Elle sait donc doublement de quoi elle parle. Sa proposition d’une cape plastifiée protectrice et hermétique, visant à limiter les risques de contamination lors de toute sortie en milieu pathogène, a fait rigoler tout le monde à l’époque. Sauf que, 14 ans plus tard, tout prend une autre tournure, vannes de Baffie y compris, et qu’on n’a plus du tout envie de se marrer. Elle fournit même un début d’inventaire implacable au sujet des carences et failles majeures que nous avons tous pu constater en ce sombre printemps 2020. On devrait toujours tourner sept fois le rire dans son cerveau avant de s’esclaffer bêtement au milieu de la galerie. Les originaux, dont on a tendance à se moquer un peu trop rapidement, ont parfois une perception plus juste des choses. Ils sont visionnaires. Ils anticipent. Ils discernent plus loin et plus haut que le mouton lambda, et que les chefs de troupeaux à la vue basse, qui ne savent que bêler plus fort, et qui ont magnifiquement démontré toute leur incompétence ces derniers temps.

5 DÉCEMBRE 1932  –  9 MAI 2020



Richard Wayne Penniman est le troisième-né d’une famille de douze enfants (sept garçons et cinq filles). Il voit le jour le 5 décembre 1932 à Macon, non pas la capitale du Mâconnais, préfecture du département de Saône-et-Loire en France, mais la ville américaine de Géorgie, état du sud-est des USA. La famille ne roule pas sur l’or et se conforme à des préceptes moraux très stricts, trop stricts sans doute, pour le jeune Richard. Elle cristallise une ambivalence qui le poursuivra toute sa vie : son grand-père et son oncle sont prêcheurs, tandis que son père est tenancier de bar, de bouge serait plus juste, et négociant en alcools forts, ou de contrebande selon les époques. Avec une jambe plus courte que l’autre, une voix suraigüe et des attitudes plus qu’ambigües, le jeune garçon gagne rapidement le surnom de Little Richard. (suite…)

L’ÉTERNEL  PLAYBOY


Jacques Dutronc, né le 28 avril 1943 à Paris, a 77 ans aujourd’hui. Confiné en Corse depuis des années, dans la maison qu’avait fait construire Françoise Hardy à la fin des sixties, il fréquente davantage les chats que les humains. Une douzaine d’entre eux l’entoure encore aujourd’hui. À une époque, ils étaient 55 ! S’il a cessé l’alcool depuis plusieurs années, il reste fidèle aux cigares de bonne facture. « De toute façon, le mal est déjà fait », précise-t-il avec nonchalance. Cette désinvolture, ce flegme teinté d’un cynisme attachant, l’ont toujours rendu sympathique auprès d’un très large public. De 7 à 77 ans. Son côté provocateur distancié lui a permis de chanter des choses que certains n’auraient jamais pu dire. Quand on ré-écoute ses chansons, écrites il y a un demi-siècle ou plus, on y déniche souvent des éléments annonciateurs, à peine exagérés, des travers dans lesquels se complaisent nos sociétés, dites évoluées, en 2020. (suite…)

PREMIÈRE  DINDE  DE  FRANCE


Le coronavirus attaque-t-il le cerveau ? Nuit-il considérablement à l’intelligence ? On peut sincèrement se poser la question. Carla Bruni a apporté une réponse navrante au cours de la fashion week française, programmée de fin février à début mars dernier. (suite…)

LE  DERNIER  DES  BEVILACQUA


Fils d’immigrés italiens originaires du Frioul, Daniel Bevilacqua naquit peu après la seconde guerre mondiale, le  13 octobre 1945 à Juvisy-sur-Orge, dans le département de l’Essonne. Son attirance pour la musique se confirma très tôt, dès l’âge de 7 ans. La chanson française lui fournit ses premières idoles : Édith Piaf, Georges Brassens et Gilbert Bécaud. Le blues prit rapidement le relais avec des personnalités telles que Robert Jonhson et John Lee Hooker. Le rock d’Elvis Presley élargit encore le champ des influences qui allaient donner corps à ses premières créations, signées Christophe, nom de scène choisi en hommage à sa mère et à une médaille de Saint Christophe qu’elle lui avait donné. À 16 ans, il se lança dans la grande aventure en fondant son groupe Baby Danny et les Hooligans (Danny en référence à son vrai prénom ; Daniel), chantant le plus souvent en yaourt, mais impressionnant déjà par son originalité. (suite…)

MARCEL  INOCULE  KARINE


J’avais déjà repéré Marcel D sur internet, à la faveur de petits sujets vidéos aussi percutants que distrayants. J’avais récemment remarqué Karine L, par le truchement d’interventions aussi nombreuses que litigieuses sur les plateaux de télévision. Le premier règle son compte à la seconde, sans prendre de gants pour la démasquer. En 8 minutes à peine, on continue à en apprendre de belles sur l’incompétence de nos dirigeants et la corruption de leurs conseillers…

JEAN  PAUL  BELMONDO



Il est né le dimanche 9 avril 1933 à Neuilly-sur-Seine, dans le département des Hauts-de-Seine et il fête aujourd’hui même ses 87 ans. Son immense carrière est telle que tenter de la relater ici serait à la fois une offense et une saga impossible à résumer. On ne peut, assez égoïstement, lui souhaiter qu’une seule chose : nous faire le plaisir de rester encore parmi nous le plus longtemps possible. Tout en restant chez lui, dans le scénario pénible que nous vivons ensemble aujourd’hui.

En février 2017, à l’occasion de l’hommage qui lui fut rendu par l’Académie  des César pour couronner l’ensemble de sa carrière, une standing ovation interminable et émouvante salua son arrivée sur scène. Le 14 juillet 2019, Jean Paul Belmondo fut élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur.

CONFINEMENT  DÉCLOISONNÉ


Dans mon 11ème arrondissement, rue Saint Bernard, un comédien trentenaire anime chaque soir une version déconnante et balconesque du célèbre jeu télévisé “Questions pour un Champion”. À partir de 20h00, juste après les applaudissements destinés au personnel soignant,  les gens ont pris l’habitude de jouer en criant leurs réponses depuis leurs fenêtres ou leurs balcons. Deux équipes (celle des numéros pairs et celle des numéros impairs) s’affrontent sous la houlette de Noam Cartozo, l’instigateur de cette formule singulière.  Ce comédien, qui devait partir en tournée lorsque le confinement a été décrété, est désormais connu bien au delà de son quartier. Julien Lepers et Samuel Étienne, les deux animateurs successifs de “Questions pour un Champion”, lui ont témoigné leur sympathie sur twitter et les réseaux sociaux ont rapidement relayé cette initiative. “Questions pour un Balcon” a maintenant le soutien de sponsors qui offrent aux gagnants des cadeaux allant du t-shirt à l’imprimante, en passant par des formations en ligne. Une évolution significative ; au départ les premiers lots se limitaient à un rouleau de papier toilettes !

UNE  FLÈCHE  EN  PLEIN  CŒUR



Il faisait partie de ceux dont le nom est moins connu que l’une de leurs créations. Alan Merrill, né le 19 février 1951 dans le Bronx, à New York, est décédé ce dimanche 29 mars 2020 des suites du coronavirus, à l’âge de 69 ans. Son père saxophoniste et sa mère chanteuse de jazz lui avaient sans doute transmis des gènes plutôt remuants. Placé dans un collège en Suisse de 9 à 13 ans, il revint à New York pour écumer les clubs de Manhattan avec des velléités de chanteur guitariste adolescent ! Quelques groupes rock plus tard, il s’envola pour le Japon, où sa personnalité et sa gueule d’ange de la pop firent un tabac. La fin des années 1960 l’y propulsa sur la vague du succès. Conscients de son impact sur un public jeune, producteurs, télévisions et publicistes se l’arrachèrent sans ménagement. L’emballement de la machine médiatico-markéting ressemblant de plus en plus à un carcan dont l’artiste ne parvenait à desserrer l’étreinte, une seule issue paraissait s’imposer : la fuite. (suite…)