FADE TO VIOLET

TORSADE EXISTENTIELLE


Un clip magistral et une complicité artistique remarquable entre Violet Chachki et Lecomte de Brégeot. La première est une dragqueen, chanteuse, danseuse, artiste burlesque et mannequin américaine, d’origine équatorienne. Mondialement connue depuis une dizaine d’années, elle a, entre autres faits d’armes, remporté la septième saison de RuPaul’s Drag Race, en 2015. La même année, elle fit sensation avec deux clips magistraux (visibles sur YouTube), intitulés “Vanguard” et “Bettie”. On ne saurait que vous recommander vivement d’y jeter un œil, et même les deux ! Ayant défilé pour Moschino (2018-2019) et Richard Quinn (2022), elle réinvestit depuis quelques mois le devant de la scène internet avec cette reprise de “Fade to Grey”, titre emblématique du groupe de new wave britannique Visage, paru en novembre 1980. Le remix actuel est signé Lecomte de Brégeot, un compositeur et producteur français de musique électronique, ayant fait ses premières classes en tant que DJ, à la jonction des années 1990 et 2000. Influences techno, new wave et house ont construit un style qui, en 2021, l’a propulsé lauréat du FAIR, un tremplin musical de renom, ayant précédemment confirmé des artistes tels que IAM et Christine and the Queens.

Très portée sur le glamour vintage, mais également férue de mode fétichiste à forte tendance sado-masochiste, Violet Chachki livre dans ce clip une double interprétation masculine / féminine qui met en exergue son identité non-binaire (ou genderqueer), autrement dit sa volonté de ne s’identifier ni strictement homme, ni strictement femme, mais plutôt de voguer entre les deux, avec toutes les variations possibles et imaginables. Esthétiquement et musicalement, cette version moderne de “Fade to Grey” mêle plusieurs impressions qui n’en façonnent qu’une seule. Nuit de pleine lune en arrière plan, colonnes d’albâtre, socles de marbre, obscurités nocturnes, pâleurs astrales, nuées et brumes éthérées… le décor est planté. « Bonsoir… Je m’appelle Violet… Hou la la… » prévient d’entrée, façon diva, l’apparition corsetée en noir et lamé. Le relai garçon, entre éphèbe gréco-romain et jeune mâle sm, convoque pagne minimal, cuir clouté, lanières rivetées et colliers hérissés. Il est aussitôt cntrebalancé par le retour de la Vénus en latex luisant et couleurs vives, contraste saisissant, renforcé par un maquillage lumineux et saisissant. Les extrêmes se touchent. Tout s’oppose et se répond. Tout s’assemble mais ne se ressemble. Tout ensemble se rassemble. Les yeux s’allument et le cerveau s’embrume. Regard laser pour elle, étonnamment présent, qui transperce le mystère obscur. Regard faussement absent pour lui, qui cherche au loin la clef de son énigme.…

Le tempo lourd imprimé par le couple basse / batterie alterne avec les résonances lancinantes et les ruissellements électro. Double bind des paroles masculines en anglais et de la traduction féminine en français. Elle, évolue dans un parlé-chanté (talk-over) qui rappelle, sur un autre registre, les volutes de Chagrin d’Amour, avec cet autre titre phare des années 1980 : “Chacun fait c’qui lui plaît”. Lui, entonne la partition mélodique, nimbée d’un écho modéré, typique du genre, et soutenu par des chœurs volatiles. Délicieux tiraillement entre deux univers parallèles qui cherchent une torsade existentielle, un ADN mélancolique qui se dérobe quand on croit l’effleurer. L’éphémère est toujours inaccessible. C’est un supplice exquis qui nous fascine et nous consume à petit feu, une braise glacée qui ne meurt jamais. C’est peut-être aussi la flamme intérieure qui fait vaciller nos certitudes et nos espoirs. Le texte de la chanson est évocateur :

Fade To Grey (Devenir Gris)

Fade to Grey
Devenir gris
Fade to Grey
Devenir gris

One man on a lonely platform
Un homme dans une gare isolée
One case sitting by his side
Une valise à ses côtés
Two eyes staring cold and silent
Deux yeux fixes et froids
Show fear as he turns to hide
Montrent de la peur lorsqu’il se tourne pour se cacher
Ohhhh ohh we fade to grey (fade to grey)
Ohhhh ohh devenir gris (devenir gris)
Ohhhh ohh we fade to grey (fade to grey)
Ohhhh ohh devenir gris (devenir gris)

Feel the rain like an English summer
Sens la pluie comme un été anglais
Hear the notes from a distant song
Entends les notes d’une chanson lointaine
Stepping out from a back drop poster
Sortant de derrière un poster
Wishing life wouldn’t be so long
Espérant que la vie ne fût aussi longue

Fade to Grey
Devenir gris
Fade to Grey
Devenir griss

Ohhhh ohh we fade to grey (we fade to grey)
Ohhhh ohh devenir gris (devenir gris)
Ohhhh ohh we fade to grey (we fade to grey)
Ohhhh ohh devenir gris (devenir gris)
Ohhhh ohh we fade to grey
Ohhhh ohh devenir gris

Fade to Grey
Devenir gris
Fade to Grey
Devenir griss

Ohhhh ohh we fade to grey (we fade to grey)
Ohhhh ohh devenir gris (devenir gris)

Fade to Grey
Devenir gris
Ohhhh ohh we fade to grey (we fade to grey)
Ohhhh ohh devenir gris (devenir gris)

La hantise de l’extinction des feux ?
L’obsession de la raison qui finit par étouffer la passion ?
La phobie du temps qui passe, qui lasse et qui abrase les émotions ?
L’angoisse insupportable de devenir gris ? Aucune crainte quand on s’appelle Violet !

2 thoughts on “FADE TO VIOLET

  1. Œuvre visionnaire s’il en est ! Oui nous deviendrons gris, puis gris-vert un jour, c’est d’ailleurs notre seule certitude alors en attendant jouissons de notre couleur arc-en-ciel et dansons sur ce morceau inoxydable qui n’a pas pris une ride (lui !)…

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