CLAUDIA CARDINALE

83  PRINTEMPS

Claudia Cardinale est une belle ténébreuse, dont les portraits en noir et blanc ont marqué ma mémoire de jeune cinéphile. Chevelure sombre et regard profond, contrastant avec ce petit sourire entrouvert sur des dents si blanches… et ces décolletés que les cadrages resserrés ne faisaient qu’amplifier au lieu de les atténuer… et cette voix un peu rauque, terriblement sexy, dont je me demandais ce qu’elle masquait ou ce qu’elle trahissait…

Née à Tunis le 15 avril 1938, Claudia fête aujourd’hui ses 83 ans sans avoir jamais arrêté de tourner depuis ses débuts dans le cinéma, en 1958 ! Abel Gance, Luchino Visconti, Henri Verneuil, Philippe de Broca, Luigi Comencini, Federico Fellini, Blake Edwards, Henry Hathaway, Sergio Leone, Richard Brooks, Marco Ferreri, Christian Jaque, José Giovanni, Alberto Sordi, Werner Herzog… citer tous les réalisateurs de renom qui ont tenu à la diriger sur grand écran est une gageure. Idem pour une liste de près de 150 films à son actif. En revanche, nous avons tous en tête certaines de ses interprétations. Pour ma part, elles convoquent immédiatement une dizaine de titres magiques : La Fille à la Valise, Cartouche, Le Guépard, Les Professionnels, Il Était une Fois dans l’Ouest, Les Pétroleuses, La Scoumoune, Fitzcarraldo, Le Ruffian, Hiver 54 l’Abbé Pierre… Si Claudia Cardinale prolonge aujourd’hui sa carrière d’actrice dans un autre registre, elle fait bien plus que de la résistance. En 2020, son nom était encore au générique de deux longs métrages : L’Île du Pardon, de Ridha Behi, et Bronx, d’Olivier Marchal, sorti sur Netflix.


À ceux qui pensent que tout a été facile pour cette icône des années 1960, que les médias avait surnommée “la petite fiancée de l’Italie”, et dont l’optimisme éclatait encore un demi-siècle plus tard, sur l’affiche du festival de Cannes, il faut rappeler deux faits significatifs, qui sont restés longtemps méconnus du grand public. À l’âge de 19 ans, alors que sa carrière n’en était qu’à ses balbutiements, Claudia Cardinale fut violée et dut s’expatrier en Angleterre afin d’échapper à son agresseur. Ce dernier voulait la faire avorter alors que Claudia avait décidé de garder l’enfant. Le 19 octobre 1958, à Londres, elle donna naissance à un fils, qu’elle prénomma Patrick, mais dont elle dut taire l’existence sur l’injonction de son producteur. Pour éviter un scandale fatal à sa carrière, il demanda à Claudia de faire passer Patrick pour son jeune frère. Elle endura ce calvaire supplémentaire durant sept longues années, avant de rompre ce silence et de révéler le secret à un journaliste.

De 1974 à 2011, Claudia Cardinale fut la compagne du réalisateur italien Pasquale Squitieri, avec lequel elle eut un second enfant : une fille prénommée Claudia, elle aussi. Le couple était visiblement heureux et complice. La rumeur d’une relation intime entre Rock Hudson et Claudia Cardinale persistait. Ils avaient tourné ensemble dès 1965. L’actrice italienne ne démentit pas la liaison avec l’acteur américain, archétype de l’homme à femmes et du séducteur par excellence. Au contraire, elle laissa croire à cette idylle. Cette attitude déconcerta bon nombre d’observateurs. Plus tard, ils comprirent que cette fausse piste était destinée à protéger Rock Hudson, dont l’homosexualité, si elle avait été révélée à la presse, aurait brisé net sa carrière. Claudia, que certains taxaient alors de légèreté, quand ce n’était pire, fit preuve d’une grande générosité en agissant ainsi. En juillet 1985, lors d’un séjour à Paris, Rock Hudson révéla être atteint du sida. Son attachée de presse dut débourser 300.000 dollars pour louer un 747 car aucune compagnie ne voulait le ramener à Los Angeles ! Lorsqu’il mourut un peu plus tard, le 2 octobre 1985, Claudia Cardinale fut encore à ses côtés.

La défense des droits des femmes et des homosexuels, la lutte contre le sida et la peine de mort dans le monde, l’engagement en faveur de causes humanitaires, notamment aux côtés d’Amnesty International, ou en faveur des enfants du Cambodge… encore une liste d’implications et de valeurs cardinales bien difficile à circonscrire. Aucune adversité ne décourage Claudia. Sans doute son côté bélier… Elle suit son instinct et demeure fidèle à ses convictions, comme dans sa jeunesse, lorsqu’elle ne s’imaginait pas en train de faire semblant sur grand écran : « C’est ma sœur Blanche, blonde aux yeux bleus, qui rêvait de faire du cinéma. Moi, la brune aux yeux noirs qu’on appelait “la Berbère”, je me voyais plutôt institutrice dans le désert ou exploratrice pour découvrir le monde. J’étais ce qu’on appelait un garçon manqué, toujours prête à me bagarrer pour démontrer que les filles étaient au moins aussi fortes que les garçons. Une vraie casse-cou qui sautait toujours dans le train en marche pour se rendre à l’école à Carthage. Les conducteurs ont d’ailleurs fini par le dire à mon père, car c’était très dangereux. Mais rien ne me faisait peur. »
Et ce ne sont pas 83 bougies qui vont changer la donne aujourd’hui.

 

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