TÊTES D’AFFICHE

À  L’AFFICHE  !

La triste nouvelle est tombée lundi matin. Christina, une copine du douzième arrondissement a laissé un message sur ma boîte vocale vers 8h30 : « Hello Brigitte. Je vais arriver à mon boulot dans quelques minutes. Comme tous les matins, je suis passée par la rue Jules Vallès et je viens de m’apercevoir que notre affiche fétiche du numéro 4 a été arrachée ! Ça m’a fichu un coup ! Depuis le temps qu’elle était là… j’avais pris l’habitude de lui faire un petit clin d’œil à chacun de mes passages. Elle va vraiment me manquer ! » À nous aussi. Et pas qu’un peu.

Cette affiche, au format 42 x 60 cm, avait été conçue entre janvier et février 2017. Manuel Braun, un photographe talentueux (https://www.manuelbraun.fr/) réalisa la base iconographique en studio et Steffie, une graphiste non moins talentueuse, organisa le visuel dans sa composition définitive. Un imprimeur dont nous tairons le nom, peu cher mais très lent, devait impérativement nous livrer les affiches le mercredi 1er mars 2017. Cette date était primordiale. Deux jours plus tard, le vendredi 3 mars, nous devions présenter notre projet GIGGN (Groupement International des Grandes Gueules Nyctalopes) en direct sur Canal +, lors de la dernière du Grand Journal. Il s’agissait d’une caricature de campagne électorale, à la manière d’un Coluche en 1980 ou d’un Francis Blanche en 1965. Notre mouture 2017 mêlait l’humour à la réflexion sur le thème général de l’acceptation des différences. Évidemment, l’imprimeur indélicat ne put jamais tenir les délais et l’affiche ne nous parvînt pas à temps pour l’émission. Nous rattrapâmes le coup in extremis avec un livret-programme qui fit son effet grâce à Victor Robert qui l’afficha sur écran géant lors du lancement du sujet et grâce à José Garcia qui le sortit de son blouson avec un à propos phénoménal.

L’affiche elle-même fut livrée une semaine plus tard. Des dizaines de petites mains la diffusèrent alors sur les murs de Paris, dans les cafés, les restaurants, les commerces, les théâtres, les associations et les lieux branchés de la ville. Elle fut un formidable révélateur. Certains commerçants ou gérants qui avaient applaudi des deux mains notre initiative et avaient promis de nous soutenir devinrent tout à coup beaucoup plus mous du genou. « Votre affiche est très belle, nous dit l’un d’eux, mais la placarder dans mon établissement… Je ne suis pas certain que toute ma clientèle apprécie… ». No problem. En matière de clientèle, il perdit la nôtre – une vingtaine de personnes qui lui étaient fidèles depuis dix ans – et le regretta amèrement par la suite. Autre exemple significatif : un enseignant à la Sorbonne et un responsable du CROUS (Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires) de Paris eurent le coup de foudre en découvrant affiche et livret. Enthousiasmés par le projet, ils demandèrent à leur hiérarchie l’autorisation de diffuser l’affiche en certains lieux tels que restos u, gymnases, cafétérias, espaces d’affichage et locaux divers. La réponse fut rapide et négative. Pas vraiment étonnant. Dans le mot rectorat, il y a recto et rat.

De mars à juin 2017, notre belle affiche a visité presque tous les arrondissements de Paris. Souvent, des sms faisaient irruption sur nos smartphones avec, en pièce jointe, des photographies la montrant à la terrasse d’un café, à l’intérieur d’un commerce, à l’angle d’une rue… Notre projet papillonnait à droite à gauche et notre affiche, tel un grand lépidoptère se posant là où l’accueil était le plus chaud, nous en communiquait le parcours insolite ou les étapes marquantes. Le GIGGN fit de même, multipliant ses apparitions dans la réalité ou le virtuel. Sans compter, le groupe a semé idées et chrysalides de toutes sortes. Mais l’allégresse est éphémère. Tels larrons en foire, juillet août sont arrivés pour tout dissimuler, pour tout anesthésier. Les élections présidentielles ont été entérinées. Les vacances d’été ont été dilapidées. En septembre, tout le monde est rentré dans d’inutiles petites résolutions.

Une à une, nos affiches se sont éclipsées. Elles ont fini par disparaître. Logiquement, celles qui avaient été placardées en extérieur flanchèrent les premières. Toutes, sauf une ! Solidement scotchée à la vitrine d’un local inoccupé, situé au n° 4 de la rue Jules Vallès, dans le onzième arrondissement, elle résista jusqu’en ce début juillet ! On ne sait par quel miracle cet exemplaire, qui fut pourtant l’un des tout premiers à être affichés, a pu bénéficier d’une telle longévité. Soumis aux intempéries de cinq saisons, délavé et cloqué par la pluie, passé et irradié par le soleil, ce survivant a tenu l’affiche de mars 2017 à juillet 2018 ! Un record toutes catégories dans une ville comme Paris !

La dernière photographie de notre affiche fétiche date de début juin 2018. On voit qu’elle a souffert, mais sur cette vitrine aujourd’hui totalement nue, elle figure encore en bonne compagnie. Histoire d’hommes à sa gauche, Journée de la femme et Mécanique du cœur à sa droite : que demander de mieux dans un gouvernement de transition et une politique d’un autre genre ?!

 

3 thoughts on “TÊTES D’AFFICHE

    1. Tu as bien raison ; c’est devenu un document collector ! Il m’en reste quelques exemplaires. Je t’en réserve un dès à présent, avec en prime le livret 16 pages qui va avec et qui explique le programme du GIGGN… Et qui présente les 8 composantes principales de cette formidable équipe !

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