FIFTY YEARS TRIPPER !

L’excursion d’un jour… 51 ans plus tard.

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Un demi-siècle, rien que ça ! Day Tripper est une composition des Beatles connue et reconnue par toutes les générations, qui continue de déménager du haut de ses cinq décennies. Enregistré dans le studio 2 d’Abbey Road, le 16 octobre 1965, mixé au même endroit les 25, 26 et 29 octobre, ce morceau fut pourtant écrit dans l’urgence par John Lennon, sur la demande expresse de Brian Epstein. Leur manager s’était mis en tête de sortir un single supplémentaire pour Noël, alors que les Beatles étaient en train de terminer leur sixième album, intitulé Rubber Soul. Et alors que le précédent, Help, était paru seulement quelques mois plus tôt, début août 1965 !

Plus que le rythme d’enfer des Beatles, Day Tripper est significatif des productions Lennon/McCartney. L’un apporte l’idée initiale et l’autre complète l’œuvre de façon décisive ou accessoire, selon l’avancement du premier jet. En l’occurrence, ‘’ Day Tripper ‘’ est du 80 % John et 20 % Paul, à l’inverse de l’autre titre du même single : ‘’ We Can Work It Out ‘’. Les deux morceaux sont crédités de la Face A de ce 45 tours unique. Les Beatles viennent ainsi d’inventer le concept de la double face A et de la parité intégrale entre deux titres monumentaux !

Day Tripper est une chanson attachante pour d’autres raisons. Bien sûr, son riff de guitare, parmi les plus célèbres de l’histoire du rock, a été visité et revisité par des millions de guitaristes, mais ses paroles offrent également une double, voire triple lecture, comme souvent avec les textes des Beatles.
Day Tripper, littéralement ‘’excursionniste‘’ peut évoquer ces modestes voyageurs ou voyageuses d’un jour, qui s’offrent une petite virée non loin de chez eux. Départ le matin, retour le soir, pas vraiment une grande histoire.
On peut également y voir la représentation d’un autre voyage : le trip au LSD. Du coup, cela devient un aller simple (one way ticket, yeah). Moins surfait, plus artificiel, l’itinéraire n’est pas fléché de la même façon. Le duo confirmera la forte coloration dope de ces paroles, John précisant d’ailleurs à propos du LSD : « J’en gobais tout le temps à l’époque ! »

Enfin, il existe une connotation plus malicieuse, plus licencieuse, plus gambilleuse… qui met en scène une allumeuse (she’s a big teaser), une tentation redoutable face à laquelle il vaut mieux prendre la tangente avant qu’il ne soit trop tard (Got a good reason for taking the easy way out). Proximité phonétique incongrue, le fameux «She’a a big teaser» que les parents comprenaient «C’est une belle coquine», était perçu par les plus jeunes comme «She’s a prick teaser», autrement traduit par «C’est une taquineuse de bites». Mais bien entendu, ce ne fut là qu’un malencontreux parasitage linguistique, indépendant d’une quelconque volonté artistique.

beatles-1965

Dans la version sélectionnée plus haut, les images et la synchro ont certes vieilli (et les dilles depuis, sans doute aussi), mais le son est toujours diablement présent. La Gretsch G6122 de George, la Höfner 500/1 de Paul, la Rickenbacker 325 de John et la Ludwig Black Oyster de Ringo n’ont pas pris une ride ! Elles sont encore plus belles aujourd’hui et elles continuent à envoyer après un fifty years tripper ! Le ramage vaut mille fois le plumage. Very Big Teaser pour les oreilles.
En témoignent les nombreuses et prestigieuses reprises de Day Tripper : Otis Redding, Mae West, Jimmy Hendrix, Nancy Sinatra, The Grateful Dead, Sergio Mendès, Electric Light Orchestra, Cheap Trick, Oasis, Ricky Martin…

Les Beatles eux-mêmes ne semblent guère affectés par les outrages du temps. Quand on pense qu’en 1965 leur look et leur longueur de cheveux faisaient scandale et étaient considérés comme une forme de subversion très préoccupante. Aujourd’hui, et depuis quelques temps déjà, la moitié du groupe, John Lennon et George Harrison, a décidé d’arrêter de vieillir. Les deux autres, Paul McCartney et Ringo Starr, respectivement 74 et 76 ans, continuent de gambader allégrement autour de la planète tout en poursuivant leurs excursions musicales d’un jour, plus un jour, plus un jour, plus un jour…

Day Tripper, Yeah !

 

La version 2013 de Day Tripper, par Paul McCartney lors d’un concert à Tokyo.

2 thoughts on “FIFTY YEARS TRIPPER !

  1. Hé hé ! Excellente analyse ! Mais c’est plutôt 51 ans, non ?
    Il faut garder de la réserve, car dans un mois ce sera, en revanche, le 50e anniversaire de l’enregistrement d’un monument : Strawberry Fields Forever… (Commencé le 24 novembre, et finalisé le 15 décembre !)

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