Certifié Conforme

Stéphane Guillon

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C’était un mardi d’octobre un peu triste. Un TGV filait entre Lorraine et Paris, emportant mon corps absent et les préoccupations d’un fils ayant laissé son papa octogénaire sur un lit d’hôpital. Bien sûr, je reviendrais la semaine d’après avec les mêmes espoirs et les mêmes prières agnostiques. Avec aussi le même optimisme têtu que je m’efforcerais de lui transmettre de visu. Mais cela restait un mardi d’octobre assez triste. Et puis, un peu après Metz, ce sms de la rédaction  : « Peux-tu assister au nouveau spectacle de Stéphane Guillon ce soir, au théâtre Déjazet ? » Quelques minutes de réflexion inutiles, et puis ma réponse, certifiée conforme à je ne savais encore trop quoi : « Ok, j’y serai ».

Le temps de zapper une gare de l’Est taciturne, de larguer un sac de voyage dans mon onzième bruineux puis de rejoindre la place de la République… Je me retrouvai pile à l’heure sur le siège d’orchestre F 05 rectifié F 11. La préposée aux invitations avait confondu Ele Asu et Brigitte Boréale, mais c’était une catégorie or, comme notre amitié au sein du Grand Journal de Canal +. Pas de quoi s’inquiéter.

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Les lumières s’estompent en ce lieu qui a entendu jouer Mozart en 1778 et qui a vu Marcel Carné tourner les scènes d’intérieur des Enfants du Paradis en 1945. Noir complet, murmures et toussotements d’un public 2016 impatient d’un nouveau contexte. Flash back en fond d’écran évoquant le retrait de la scène de Stéphane Guillon, un certain 6 mai 2012, jour de l’élection de François Hollande. Les images montrent l’humoriste distribuant des roses au public de l’Olympia. L’autodérision pointe déjà, aussitôt reprise de volet par une porte close qui ouvre l’opus 2016. Planté devant elle, le comédien feint de s’adresser à son double timoré, planqué en coulisses, hésitant à revenir affronter la réalité de ses désillusions. Il avoue avoir misé sur le mauvais cheval mais qui aurait alors pu prédire pire que pire ?

Déboule rapidement une carambole d’images surréalistes. Angela Merkel avec une grosse bouche et des seins siliconés XXL précède François Hollande, casqué Dark Vador, allant astiquer son sabre laser hors première dame officielle. « On est tous des Trierweiler ! » L’affirmation ricoche dans mon occipital. On aurait tous en nous quelque chose de Valérie ? La complainte du Sarkozy cramé brunit le plateau. « Les disques de Carla, à la Fnac, tu les demandes poliment, il te les donnent. Ça débarrasse (…) Quand Sarko a perdu, j’ai cogité. Pourquoi avoir cassé mon jouet ? »

Le docteur Stéphane renvoie Freud et Lacan dos à dos pour diriger une psychothérapie de groupe avec les Hollandais anonymes, des gens de gauche qui ont des pulsions de droite mais qu’il faut faire revenir à gauche. Les symptômes et leur manifestation  sont traités au cas par cas. On enchaîne religieusement sur Jésus fruit d’une GPA et le mariage pour tous. Quid de la place de la femme, sous la burka ou au bras de Moïse ? On apprend que ce même Moïse est la personnalité la plus citée par le Coran et que sa femme se prénommait Sephora : « D’un côté on les cache, de l’autre, on les maquille ! »

Les formules font mouche et le coche s’emballe. La théorie du genre resurgit. « Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ? » Réponse avec des sorties éducatives qui passent par le bois de Boulogne. Kirikou, le cap d’Agde en Afrique. Tintin qui vole au secours des jeunes garçons et n’a dans son entourage que la Castafiore pour toute référence féminine. Les modèles masculins en collants moulants ; D’Artagnan, Thierry la Fronde et Spartacus… En fond de scène, des icônes illustratives ponctuent les propos ourlés de passerelles musicales insolites. Violoncelles en contrebas de percussions synaptiques.

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Au début, il avait prévenu que certains sujets étaient devenus tabous. « Je n’ai pas envie de ne pas voir grandir mes enfants à cause d’une blague sur Mahomet ». Évidemment, ce n’était que pour mieux y revenir, comme un sale gosse qui ne peut pas se retenir. Daech en prend plein la tronche : « Kamikaze, t’as pas de seconde chance (…) Se faire exploser au Stade de France sans faire de victimes ; on voit bien la limite de les former en Belgique (…) Les 70 vierges en récompense pour les mecs, ça explique que certains ne puissent pas se retenir ; une sorte d’éjaculation précoce de la bombe humaine (…) La récompense pour les femmes kamikazes, c’est de retrouver leur mari, on comprend qu’il y en ait moins ».  Stéphane Guillon recommande tout de même à son public de ne pas rire trop fort. Et de rester vigilant, avant de conclure avec trois imitations : Fabrice Luchini, Nicolas Sarkozy et Guy Bedos.
Comediante tragediante. Tragediante, comediante.

Dans le métro du retour presque endormi, un petit Guillon d’escalier continue de me titiller le cervelet. Je cherche les points faibles. Peut-être quelques longueurs, somme toute assez relatives ? Mais le spectacle démarre sur un rythme si élevé qu’il est difficile de tenir le sprint pendant une heure et demi. Je finis par trouver le détail dérangeant mes racines meurthe et mosellanes : une mère quiche lorraine en pantacourt tournée en dérision de façon récurrente ! Dégât collatéral de Nadine Morano ? Tout de même. Il n’y avait pas de quoi en défaire un plat. Arrivé à destination, je reviens à des préoccupations plus matérielles : pizza ou croque monsieur à la sandwicherie du coin ? Quelle loyauté ! Bravo le Don Quichotte lorrain ! Je me demande bien quelle tête ferait Stéphane Guillon en se foutant de la mienne à cet instant précis.

Alors que le métro disparait et que je me hâte vers la sortie, j’ai la réponse sur le quai d’en face.

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One thought on “Certifié Conforme

  1. Voilà un style certifié conforme à celui de la grande Brigitte Boréale : souvent imité, jamais égalé !
    Si, d’après l’auteur, un Don Quichotte lorrain n’est, de nos jours, qu’un amateur de quiches, qu’il prenne garde à ne pas prendre le physique de Sancho Pança.

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