MÉPRISE DE VUE

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À Manhattan, dans leur
 somptueux appartement au sommet de la Trump Tower, sur la Cinquième  Avenue, le Trump trio mis en scène cette semaine par Paris Match offre une incroyable photo de famille : Donald, le toupet préfabriqué au sourire assorti,  Brandon, le fils de neuf ans à l’œil mi-clos mi-suffisant et Melania, l’ex-mannequin slovène bouche entrouverte et menton volontaire à l’envi.

Outre l’étalage d’un luxe outrancier dans un décorum rococo, la composition de l’image et les postures des protagonistes rendent ce cliché assez dérangeant. Se voulant certainement accrocheur au départ, le document suscite rapidement une forme de rejet un peu flou. Il éveille des pulsions à géométrie variable. Les fétichistes dans l’âme règlent leur focale sur le talon aiguille tenant fièrement la pose, les boucles impeccables et les lèvres offertes d’une Melania faussement indifférente. Les bizuteurs en herbe rêvent de retrouver un jour sous leur férule ce garçonnet outrecuidant et de lui rabattre un caquet que même un film muet ne semble pouvoir mettre en sourdine. Et les automobilistes au chômage du monde entier imaginent leur roue avant droite crasseuse éclaboussant, par la grâce d’une flaque d’eau opportune, le pantalon et les chaussures rutilantes d’un Donald égaré sur le bord d’un trottoir.

Cette photographie, qui n’est ni une photo d’art ni une photo truquée, donne pourtant un aperçu éloquent de ce que l’art du trucage impose (et expose) à certains tout au long de leur vie. Une telle image devient un étrange révélateur. Elle exhale un fixateur hostile. Chacun à leur manière, les trois personnages développent une caricature d’eux-mêmes et obtiennent ainsi un formidable négatif en couleurs. Ils offrent un portrait aussi glacé que le papier sur lequel ils étalent une vanité que l’on ne peut retoucher. C’est une véritable prouesse que de rendre les choses aussi nettes et surexposées à la fois.

Du coup, si l’objectif du photographe, techniquement, n’a pas failli, celui du communiquant est aussi raté que la photo semble réussie ! Trop de trop ? Agrandissement des défauts et réduction des contrastes ? Cadre et montage surfaits ? Le rendu visuel qui se voulait parfait produit un rendu émotionnel catastrophique. La perception d’un égocentrisme certain et d’un certain manque d’empathie affichés par la triade centrale provoquent à son égard un sentiment très proche de l’antipathie.

Consciemment ou non, se fige dans l’esprit de l’observateur un instantané acide. Humainement, les trois sujets en sortent davantage débiteurs que créditeurs. Une question lancinante se pose alors : où, comment et quand est-ce qu’ils se trumpent ?

 

One thought on “MÉPRISE DE VUE

  1. Un « Dégout »… Un sentiment / un ‘ressenti’ de quelque chose de « malsain »… D’horrifiquement malsain : cynisme, arrivisme, opportunisme, egocentrisme, … dédain, superiorité, froid / glacé… Quelque chose… d’ INHUMAIN ! Et bien malheureusement, comme à l’ instar de quasi tout ce monde, toute cette societé qui est nôtre, qui nous entoure. Et dans laquelle on vit… PAS LOL DU TOUT !!!…

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