DIEGO MARADONA

À   CONTRE-PIED

 

Lorsqu’hier une amie m’a prévenue par sms, je n’ai pas compris tout de suite de qui elle parlait. Sans doute distraite par l’hémisphère féminin de mon cerveau et la dernière tartine de Nutella que je venais de m’enfiler, j’ai cru lire : « Décès de Madonna à 60 ans ; crise cardiaque après sa dernière opération. » J’ai immédiatement pensé : « Encore un stupide abus de chirurgie esthétique ». La relecture instantanée du message m’a vite détrompée. Il n’était pas du tout question de la chanteuse américaine, qui privilégie dorénavant les théâtres plus intimistes aux grands stades qu’elle avait coutume de remplir jadis. Non, il s’agissait bel et bien de Maradona, footballeur adulé ou détesté, qui venait de faire sa dernière sortie de scène, après sa récente opération d’un hématome à la tête. Et cette nouvelle m’a rapidement énervée.

J’ai aussitôt redouté l’indigestion de commentaires dithyrambiques et d’hommages excessifs que cette information allait déclencher. J’ai repensé à une boutade que John Lennon avait lancé un jour à Elton John à propos de la mort. Il lui avait dit : « J’espère que je mourrai avant toi, parce que dans le cas contraire, devoir entendre tes chansons diffusées non stop par toutes les radios durant 24 heures, cela me sera insupportable ! ». Bien qu’il ait poussé la chansonnette à quelques reprises, Diego Maradona ne risque pas de nous casser les oreilles dans les jours qui viennent. En revanche, admirateurs et commentateurs ne vont pas manquer de nous casser les pieds avec les exploits et le parcours du phénomène argentin. Et de relancer le débat imbécile de savoir s’il est ou non le plus grand footballeur de tous les temps. Le seul fait de poser encore cette question prouve que la fin d’année 2020 n’est pas près de départager les journalistes sportifs les plus nuls de tous les temps.



Diego Maradona naît le 30 octobre 1960 à Lanùs, (province de Buenos Aires, en Argentine) dans une famille de paysans originaires de la région de Corrientes, au nord-est du pays. Son père est venu chercher du travail sur les docks et les chantiers de la capitale. Sa mère fait des ménages et des lessives pour arracher le maigre complément indispensable à la survie de leurs sept enfants. Dans le bidonville misérable de Villa Fiorito, sans électricité ni eau courante, la débrouille et la ténacité, pour ne pas dire la hargne, sont vitales pour espérer s’en sortir. Diego n’est pas très bon à l’école mais il excelle dans le maniement du ballon. Il ne le quitte pas d’une semelle. Il fait déjà tourner en bourriques les plus grands lors des matches improvisés dans les rues défoncées ou les terrains vagues poussiéreux. Quand il n’a pas de ballon, il jongle avec des oranges, des boîtes de conserves, des boules de papier ou de chiffons. À dix ans, lors d’une journée de détection, il est repéré par un recruteur d’Argentinos Juniors. Il est enrôlé parmi les Cebollitas (les petits oignons), l’équipe cadets du club. À la mi-temps des matches de l’équipe pro, il émerveille les milliers de spectateurs avec ses jongleries incroyables. Son habileté épate la galerie. Les gens sont sidérés. Certains renoncent à la buvette pour admirer l’intégralité de sa prestation. La presse et la télévision le sollicitent. À 12 ans, lors de sa première interview télévisée, il fait part d’un rêve qui a déjà tout d’une certitude. Sous la tunique bleu ciel, blanc et noir de l’Albiceleste, l’équipe nationale d’Argentine, il s’imagine disputer une coupe du monde de football… et la gagner !

Passion et conviction ne font pas moins que force ni que rage. Diego brule les étapes. Il n’a pas encore 16 ans qu’il fait ses débuts professionnels dans les rangs d’Argentinos Juniors. Quelques mois plus tard, il honore sa première sélection en équipe nationale. À 19 ans, il emmène l’Argentine en finale de la coupe du monde espoirs… et rafle le trophée en étant élu meilleur joueur du tournoi. Cette même année 1979, il est sacré Ballon d’or argentin. En 1981, Boca Juniors casse sa tirelire pour s’attacher ses services. Les résultats ne se font pas attendre. River Plate, le rival de toujours, club des bourgeois et intellos, est humilié. Boca, club du peuple et des classes sociales défavorisées, s’octroie le titre de champion national. Maradona n’en finit pas de briller. Dans la vieille Europe, on le surnommerait le Mozart du football. En Argentine, depuis longtemps, on l’appelle “El Pibe de Oro”, le gamin en or. Le pays tout entier est derrière lui, suspendu à ses crampons, ses dribbles fantastiques et ses buts extraordinaires. Il rayonne sur tous les plans : aisance technique, élégance du geste, efficacité du buteur, et un charisme mâtiné d’une beauté qui entremêle racines amérindiennes, espagnoles, italiennes et croates.

Il n’en fallait pas plus pour ferrer le FC Barcelone. Dès 1982, Diego y est transféré pour un montant officiel de 7,5 millions de dollars. Cette année-là, juste avant le championnat, le Mundial est organisé en Espagne. Maradona y débarque avec l’étiquette du surdoué qu’il faut à tout prix neutraliser. Les règles d’alors font la part belle aux défenseurs destructeurs. El Pibe est cisaillé de tous les côtés. Lors d’un match face au Brésil, Diego disjoncte et assène un coup de pied dans le ventre d’un adversaire. Ce Mae Geri lui vaut l’expulsion. L’équipe d’Argentine est éliminée et le public espagnol le prend en grippe avant même le début de la saison. Barcelone n’est pas Buenos Aires. L’accueil d’une partie du public et de certains coéquipiers n’est pas franchement chaleureux. Ses virées nocturnes et ses frasques hors du terrain n’arrangent rien. Une hépatite l’éloigne des pelouses pendant un temps. À peine revenu, il se fait fracturer la cheville par un boucher de l’Athletic Bilbao qui ne vaut pas la peine d’être nommé. L’entraîneur du Barça le bat froid lui aussi. La Catalogne est un véritable chemin de croix qui lui fait découvrir la cocaïne. En finale de la Coupe du Roi de 1984, contre l’Athletic Bilbao, Maradona se venge en déclenchant une bagarre générale sous les yeux de la famille royale. Fin de l’aventure ibérique.

Quelques mois et 12 millions de dollars plus tard, transfert record de l’époque, Diego Maradona débarque à Naples. Le 5 juillet 1984, plus de 70.000 supporters lui réservent un accueil triomphal lors de sa présentation officielle au stade San Paolo. Il arrive en hélicoptère, comme les Beatles avant leurs concerts. Nul ne sait comment les dirigeants ont pu réaliser une telle opération, ni qui a véritablement financé l’arrivée du prodige argentin, mais les tifosi napolitains sont persuadés qu’ils tiennent enfin le messie qui va les aider à s’imposer en tant que grand club italien, et pourquoi pas européen. Le SSC Napoli se reconstruit et gravit progressivement les échelons, jusqu’à une troisième place prometteuse en 1986, juste avant la Coupe du monde organisée au Mexique.

Maradona s’y rend paré du brassard de capitaine de la sélection argentine et d’une formidable soif de revanche après le fiasco de 1982. Il a 25 ans et il est  au sommet de son art. L’Argentine passe le premier tour facilement, finissant première de son groupe devant l’Italie. Le 22 juin 1986, en quart de finale, c’est une autre paire de manches. À l’Estadio Azteca de Mexico, devant 115.000 spectateurs, l’Argentine affronte l’Angleterre des Hoddle, Hateley, Waddle et Lineker. D’aucuns évoquent la guerre des Malouines ayant opposé les deux nations quatre ans plus tôt. Le meneur de jeu argentin ne se retourne pas sur le passé. Il vise bien plus loin. La première mi-temps, verrouillée, se conclue par un 0-0 stérile. La seconde, de la 51ème minute à la 54ème, va graver la légende de Maradona dans toute son ambigüité, dans toute sa dualité. Sur un ballon en cloche venu de nulle part, le petit Diego (1m65) saute plus haut que le grand Shilton (1m86) et fait trembler les filets anglais une première fois. À vitesse réelle, tout le monde pense que Maradona a marqué de la tête. Seuls le gardien et les défenseurs britanniques se ruent vers l’arbitre en indiquant que le but a été marqué de la main. Maradona, lui, caracole le long de la touche et fête son but avec allégresse, enchaînant les sauts de cabri et les poings levés vers la foule en délire, appelant ses partenaires à venir partager sa célébration trompeuse. Sans doute craint-il un instant que l’arbitre ne se ravise en prenant conscience de la supercherie. Mais à l’époque, l’assistance vidéo n’existe pas. Pas moyen de détecter et sanctionner la tricherie. Les Anglais, frustrés et irrités, sont décontenancés. Ils repartent à l’attaque de façon un peu confuse, se font contrer et s’enfoncent dans leur pire cauchemar. Maradona récupère la balle au milieu du terrain, passe en revue la moitié de l’équipe pour aller battre le gardien de près. Il inscrit ainsi l’un des plus beaux buts de l’histoire du football, après avoir commis l’une des plus grandes arnaques dans ce sport.

En écartant la Belgique 2 à 0 en demi-finale, puis l’Allemagne de l’Ouest 3 à 2 en finale, l’Argentine remporte sa seconde Coupe du Monde. El Pibe de Oro réalise son rêve mais élimine définitivement bon nombre de ses admirateurs, dont j’aurais pu faire partie. J’entends souvent des commentateurs sportifs balayer cette main frauduleuse d’un revers de manche. « Le génie excuse tout », disent-ils. Je suis désolée. Le génie n’a rien à faire avec la tricherie. Qui plus est lorsque la tricherie est outrageusement célébrée sur le terrain, puis soulignée avec ironie par une déclaration insolente. « Ce but, je l’ai marqué un peu avec la tête et un peu avec la main de Dieu », fanfaronne après-coup Maradona. Remarque aggravante que certains veulent faire passer pour un mot d’esprit. Des journalistes français font partie du lot. Cette main coupable est une main divine ! Pourtant, en 1990, à Lisbonne, les mêmes fustigent la main de Vata, qui prive l’OM d’une finale de coupe d’Europe. La presse titre alors : « La main du Diable », traînant dans la boue le joueur angolais du Benfica et l’arbitre de la rencontre. Michel Rocard, alors premier ministre, écrit une lettre ouverte surréaliste à Bernard Tapie, dénonçant « des erreurs manifestes d’arbitrage et des injustices aussi impardonnables qu’incompréhensibles ». Curieux, non, ces appréciations à géométrie variable au sujet de faits strictement similaires ?

Une autre conséquence regrettable de ce geste, et de son absolution, est l’exemple donné à tous les apprentis buteurs en mal d’efficacité. Si Maradona le fait et si ça permet de remporter la victoire, alors pourquoi s’en priver ? La déduction est triviale mais le résultat est là. Ce sport n’a pas besoin de cela. Il est déjà l’une des disciplines dans laquelle il y a le plus de provocations et de simulations. J’attends, avec une curiosité qui risque fort d’être posthume, de voir le jour où un footballeur refusera un penalty indu, allant voir l’arbitre pour le détromper au lieu de tenter systématiquement de l’abuser en simulant une faute inexistante ou en s’écroulant selon une chorégraphie à faire pâlir une danseuse étoile. Diego Maradona est l’un des footballeurs les plus talentueux au monde, c’est entendu, mais sa faiblesse réside dans sa roublardise et son orgueil. Elle le prive d’une certaine noblesse, d’une intégrité, d’une dignité dont ont su faire preuve Pelé ou Cruyff en leur temps. Cette dimension chevaleresque élève les plus grands au dessus des plus grands. Elle les dote d’un charisme presque parfait, un charme divin, pour le coup, qui allie performances et valeurs humaines. Elle distille une admiration en profondeur. On a envie de les aimer, de les approcher, non pour obtenir un selfie ou un autographe, mais pour partager autre chose, que l’on peine soi-même à expliquer.  On voudrait pouvoir leur ressembler, même si l’on s’en sait très éloigné. On rêverait de jouer un instant avec eux. Mais, si le grand joueur est doublé d’un mauvais joueur et d’un tricheur, comment l’admirer ? Comment partager sa passion ?  À quelque niveau que ce soit, le pari est perdu d’avance. Si je dois jouer un match de tennis avec un partenaire qui conteste chaque point, maugrée à tout bout de champ, ne supporte aucun revers, explose sa raquette ou pique une crise dès qu’il refuse, à tort ou à raison, la décision de l’arbitre, je ne prendrai aucun plaisir à échanger avec lui, fusse-t-il champion du monde. C’est toute la différence entre un John McEnroe et un Bjorn Borg, entre un grand champion et un immense champion.

Lorsqu’il revient à Naples, auréolé de son titre de champion du monde, Maradona est irrésistible. Son club le devient aussi. Il remporte le premier titre de champion d’Italie de son histoire et réussit un doublé rarissime en s’octroyant également la coupe d’Italie. Souvent méprisé par ses riches rivaux du Milan AC ou de la Juventus de Turin, le Napoli les devance sur la plus haute marche du calcio. Ciao les infâmes banderoles nordistes qui accueillaient les supporters napolitains en les insultant : « Vive les champions d’Afrique », « Napolitains, bienvenue en Italie », ou pire : « Hitler, tu as oublié les Napolitains »… L’Italie du sud savoure sa revanche sur l’Italie du nord. Exit la suprématie des Agnelli et Berlusconi. Diego Maradona devient l’icône d’une population qui se reconnaît dans les origines modestes de son sauveur. Ses supporters lui vouent une adoration religieuse. Le club est vice-champion les deux années suivantes et remporte la Coupe UEFA en 1989. Il figure désormais parmi les grands d’Europe.  En 1990, Naples redevient champion d’Italie devant le Milan AC et décroche la Supercoupe d’Italie en atomisant la Juventus de Turin. Alleluia Maradona, bis repetita. Diego est aux anges mais sa vie est devenue un enfer. Il passe autant de temps dans les boîtes nuit que sur les terrains de foot. Son agent est un banquier playboy, un manager jet-setteur qui grenouille avec le clan Giuliano, une organisation mafieuse qui lui fournit moult conquêtes douteuses et un garde du corps tueur à gages. Elle lui procure aussi une cocaïne top niveau, de peur que le champion ne “s’intoxique” avec une poudre trafiquée.


Le plus étonnant dans l’histoire, c’est que son rendement sur le terrain n’en est pas affecté. Du moins, pas tout de suite. La vidéo ci-dessus est stupéfiante. La séquence a été tournée dans le stade du Bayern Munich, lors de l’échauffement précédant la demi-finale de la coupe UEFA 1989. Loin d’être impressionné par l’ogre bavarois, le public allemand et l’enjeu de la rencontre, Diego Maradona se met à jongler avec une aisance surnaturelle. Sur la musique du tube “Life is Life”, les lacets défaits, les bras ballants, il sautille en rythme, le ballon collé au corps. Il l’expédie en l’air, le réceptionne sur la cuisse, le bloque sur la cheville, le renvoie d’un coup de genou, le fait rebondir sur une épaule, puis l’autre, puis la tête, alouette, l’immobilise sur le crâne, avance et recule en le maintenant scotché sur son front avec la désinvolture d’une otarie, repart en petites foulées, l’éjecte à la verticale, le stoppe à nouveau sur son pied… La balle semble téléguidée par le joueur. Elle ne lui fait jamais faux bond. Le spectacle est fascinant. C’est un régal. C’est sa part de lumière.

Sa part d’ombre le rattrape durant le Mondiale italien de 1990. L’Argentine se débarrasse du Brésil dès les huitièmes de finale et élimine l’Italie en demi, dans le stade de Naples que Diego connaît si bien. La pilule est dure à avaler pour les tifosi, mais les Napolitains lui pardonnent. La finale se joue à Rome, contre la RFA, devant un public acquis aux Allemands et qui siffle l’hymne argentin. « Hijo de puta », réplique Maradona, ce qui n’arrange pas vraiment son image. Au terme d’un match ennuyeux, l’Argentine perd son titre sur un penalty très contesté. Diego fond en larmes et crie à l’injustice. À chacun son tour… Le déclin du champion est annoncé. Contrôlé positif à la cocaïne en mars 1991, Diego Maradona écope d’une suspension de 18 mois, assortie d’une peine de prison de 14 mois avec sursis. Il quitte Naples pour Séville en 1992, puis retourne en Argentine l’année suivante. Il tente un retour fracassant à l’occasion de la World Cup 1994, aux USA. Il y inscrit un but d’anthologie contre la Grèce, son ultime réalisation sous le maillot national, mais est exclu de la compétition dès le deuxième match, après un contrôle positif à l’éphédrine. Il éclate à nouveau en sanglots et déclare : « Ils m’ont coupé les jambes » ! Dios (écrit D10S) victime de la justice immanente. Il rejoint Boca Juniors de 1995 à 1997, bouclant la boucle sans jamais avoir pu retrouver son niveau d’avant suspension.

La retraite sportive n’est pas une sinécure. Diego Maradona commence à payer l’addition de ses excès. À 38 ans, son corps en parait quinze de plus. Alcool, cocaïne, boulimie, hypertension,  cigares… la première sanction tombe en 2000, sous la forme d’une attaque cardio-vasculaire. Direction Cuba, pour une cure de désintoxication. Pas certain que cela soit la meilleure destination pour oublier les cigares… et le reste. Fidel Castro, en qui Diego voit un second père, le bichonne sans modération. Avril 2004, rebelote. Cette fois, le malaise cardiaque manque de le terrasser. Il retourne à Cuba. Re-cure de désintox, plus un pontage gastrique. Il perd 40 kg et prend de bonnes résolutions… qu’il ne tient pas. Mêmes causes, mêmes effets : nouveau malaise fin mars 2007. Hospitalisation à Buenos Aires. Une hépatite sévère est diagnostiquée.

Il se remet doucement et accepte, fin 2008, sa nomination en tant que sélectionneur national. Ses choix tactiques discutables et ses sorties médiatiques catastrophiques ne servent guère l’équipe d’Argentine, qui se qualifie difficilement pour la coupe du monde 2010, puis est sèchement éliminée 4 à 0 par l’Allemagne en quart de finale. L’opinion publique commence à le lâcher. Le fisc italien le harcèle et lui réclame 38 millions d’euros. Liaisons extraconjugales, enfants illégitimes, accointances avec la mafia (paris clandestins, matchs truqués, trafic de stupéfiants, prostitution)… c’est une marée glauque de dossiers noirs qui refait surface. La presse le prend pour cible, lui qui a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour avoir tiré à la carabine sur des journalistes en 1994. Il multiplie les propos injurieux, souvent à connotation sexuelle, à l’encontre des médias. Il est sanctionné par la FIFA (suspension et amende), puis débarqué de son poste de sélectionneur national. En 2011, il tente une aventure improbable en tant qu’entraîneur d’un club de seconde zone à Dubaï. Début 2012, il est hospitalisé en urgence pour des calculs rénaux. Plombé par des arriérés d’impôts colossaux, il est contraint de travailler. De 2014 à 2019, il s’engage dans un parcours erratique : consultant de télévision pour une chaîne vénézuélienne, entraîneur d’un club de D2 aux Émirats Arabes Unis, président d’un club biélorusse de D1, entraîneur d’une équipe de D2 mexicaine, et enfin entraîneur du Gimnasia La Plata, le plus ancien pensionnaire de la D1 argentine.

Mon dernier souvenir maradonesque remonte au 26 juin 2018, durant la dernière coupe du monde, organisée en Russie et remportée par la France. Ce jour-là, l’Argentine ferraille avec le Nigéria dans un match au couteau. À cinq minutes de la fin, elle est virtuellement éliminée. L’équipe africaine pense tenir le match nul (1-1) synonyme de qualification, lorsqu’un défenseur argentin délivre enfin les siens par une reprise de volée victorieuse. La caméra remontre l’action au ralenti puis panote vers une loge officielle. On voit alors Maradona bondir comme un diable de sa boîte, la bouche grande ouverte et les deux majeurs nerveusement tendus vers le ciel. Les doigts de feu après la main de Dieu. Deux accompagnateurs de son propre camp lui sautent littéralement dessus, l’empoignent vigoureusement et le soustraient aux objectifs comme on évacue une personnalité lors d’une tentative d’attentat. D’abord interloquée, j’éclate de rire. Je me dis que cet enragé est décidément un sale gosse. Un gavroche en or, mais un sale gosse quand même.

Dans une chanson écrite en son honneur, Los Piojos (Les Poux), un groupe de rock argentin, affirmaient : « Si Diego, demain, joue au ciel, ou mourra pour aller le voir jouer ! ». Bien que l’idée soit amusante, l’entreprise est risquée. Pas sûr que les places assises soient faciles à dégoter. Le football donne des ailes mais il peut aussi faire de méchants croche-pattes. Aujourd’hui, El Pibe de Oro a peut-être retrouvé ses jambes de feu et ses dribbles diaboliques, mais qu’il se méfie. S’il lui prend l’envie d’organiser un match au sommet et que le Seigneur évolue dans l’équipe adverse, il ferait mieux de se tenir à carreau et d’éviter les arnaques. Là-haut, nul besoin d’assistance vidéo pour démasquer les petits rigolos. Tout Diego qu’il est, il pourrait vite se retrouver sur le cul. Et goûter à la toute puissance du pied de Dieu.

2 thoughts on “DIEGO MARADONA

  1. Très complet et marrant comme d’habitude.
    L’une de tes remarques me fait penser à Bruno Lemaire, l’autre soir dans l’émission C’est à Vous, parlant de Maradona. Je paraphrase: C’est cette main en quelque sorte qui l’a fait entrer dans la légende, comme le coup de tête de Zidane lors de sa dernière coupe du monde… Mouais, non, pas vraiment.
    Keep up the good job.
    (Prochain chantier, Donald Trump, le sale gosse autocrate de la droite américaine (ou devrais-je dire l’extrême droite évangéliste?)… 😉 )

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