SIXIÈME ÉTAGE

POUR  LE  SEPTIÈME  CIEL

 

Lors d’une balade rue Chaligny, à Paris, je suis tombée (si je puis m’exprimer ainsi, bien droite et les yeux tournés vers le ciel) sur un tag mural étonnant. Tout en haut d’un immeuble à la façade maussade, était peinte cette inscription : « YA PAS KI VEU TOMBÉ AMOUREUX DE MOI ? ». La phrase m’a d’abord fait sourire. De par les libertés prises avec la langue française, et son style abrégé, à mi-chemin entre le sms et la bd, le message attirait la sympathie. À la fin du mot “amoureux”, la lettre X apparaissait même comme une divine surprise, provoquant un délicieux contraste entre le classicisme conforme d’un élément isolé au beau milieu d’un charivari iconoclaste. Apercevant un passant en train de photographier ce graffiti géant, je fis de même, tout en imaginant la scène de sa réalisation. Le taggeur intrépide avait dû grimper sur le toit d’un bâtiment de six étages, puis, la tête en bas, accroché je ne sais comment, ni à je ne sais quoi, il avait peint ces trois lignes sur environ deux mètres de hauteur, risquant chaque seconde une chute fatale. Défi inconscient ou dépit amoureux ? Poursuite un peu folle, ou désespérée, d’un septième ciel chimérique ? Désir ardent d’imprimer sa trace en hauteur afin d’effacer les trop nombreux râteaux pris au ras du sol ? En plus petit, juste au dessus de cette déclaration, on devine une signature : “KELKUN”. Qui était-ce et quelles furent ses motivations ? On ne le saura probablement jamais, et c’est mieux ainsi.

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