TRANSPARENTE

CADEAU  INTERGÉNÉRATIONNEL

Les grands-parents sont des grands enfants. Cela explique qu’ils développent un lien particulier avec leurs petits-enfants. Le problème est que bien souvent, entre les deux, il y a les adultes. Ces mêmes adultes qui ont oublié qu’ils ont été des enfants et qui ne pensent plus qu’en parents, parents plus ou moins éloignés en fonction de leur capacité, ou de leur incapacité, à redevenir un jour des enfants. Et dans ce méli-mélo familial, qui est commun à chacun, il y a des secrets, des codes et des révoltes, des espoirs et des regrets, des joies et des projets, des évidences et des transparences.

Transparente est un roman d’un autre genre, qui raconte tout cela par le prisme d’une adolescente sensible et intuitive, qui assume le grand écart entre une culture livresque de moins en moins fréquente chez les jeunes et une activité de blogueuse. Lina-Jane, c’est son prénom, est booktubeuse sur la chaîne “DayLire”. Son univers n’est ni tout rose ni tout noir. Il panache ces nuances et les fait contraster à la manière des dentelles délicates de certains ornements vestimentaires. Lina-Jane cherche à retisser les fils d’une existence qu’elle maîtrise et qui lui échappe simultanément. Entre une mère yoga à la zen attitude écologique et un père vétérinaire qui « a choisi de soigner les animaux plutôt que les humains », elle n’est pas privée d’amour, mais c’est comme s’il lui en manquait une petit morceau. Un petit morceau qui grandit avec le temps et l’énigme d’un grand-père disparu. La découverte, au fond du grenier, de colis postaux renfermant des cadeaux d’anniversaire qu’on ne lui a jamais remis, épaissit le mystère tout en levant un coin du voile. Elouen, son meilleur ami, le seul avec qui elle partage sa passion littéraire, des smoothies banane-framboise et Christine and the Queens, va-t-il apporter un peu du bleu de ses yeux dans ce clair-obscur existentiel ? Ou la lumière va-t-elle venir de Lucia, cette vieille dame qui offre des chocolats aux bibliothécaires et dévore les ouvrages de Stefan Zweig, Thomas Mann et Hermann Hesse ?

En écrire plus serait en dire trop. Erik Poulet-Reney a mitonné ce délicieux petit ouvrage de 130 pages pour qu’il soit lu et non raconté. Estampillé “roman jeunesse”, il s’adresse aussi et surtout à ceux qui ne se laissent pas vieillir, à ceux qui savent que « la vie mérite d’être vécue avec les autres, tous les autres ». Je l’ai lu il y a un an, presque jour pour jour, et il a laissé une empreinte douce et fraîche dans ma mémoire. Je l’ai prêté ensuite à plusieurs amies et elles ont ressenti la même émotion tendre. Le mot transparence, au sens propre, désigne la capacité d’un matériau ou d’un objet à se laisser traverser par la lumière. Dans la réalité, aucun corps n’est totalement transparent. Entre la lumière qu’il absorbe et celle qu’il restitue, il y a toujours une déperdition plus ou moins importante du rayonnement original. Transparente démontre le phénomène inverse, malgré le temps qui passe.

                     Erik Poulet-Reney


En couverture du livre, le titre est imprimé sur deux lignes superposées. Le terme “parente” semble constituer une base stable, dactylographiée, tel le socle familial indélébile sur lequel on peut construire une vie. Au dessus, le préfixe “trans” est calligraphié différemment. Moins impersonnelles, les lettres sont reliées entre elles, laissant entrevoir un attachement plus altruiste, mais évoquant aussi une perspective fluctuante. Trans a souvent été traduit par “à travers”. Je lui préfère le sens de “au delà”. Moins intrusif, plus rayonnant, il ouvre des portes, établit des passerelles, prolonge des rencontres et relie les êtres. Avec Transparente, Érik Poulet-Reney a réussi l’un de ces traits d’union. Au delà des apparences.

 

2 thoughts on “TRANSPARENTE

  1. Comment te remercier Chère Brigitte pour cette chronique si sentie, pour ta lecture, pour ta sensibilité qui a rejoint la mienne au coeur de cette fiction ?
    J’espère que des lecteurs/trices pousseront la curiosité jusqu’à savoir ce que cache mon personnage principal.
    Ce petit roman est une pierre à l’édifice pour réveiller les esprits et prôner la tolérance dès le plus jeune âge.
    Joyeux Noël arc en ciel ! et Mille mercis encore pour ce très bel hommage.
    Erik Poulet-Reney

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