MALCHANCE AU TIRAGE

CADRE  SUPÉRIEUR



On avait déjà entendu beaucoup de commentaires au sujet de la photographie officielle du président Emmanuel Macron, celle-là même qui va fleurir sur les murs de toutes les mairies et services publics de France pour les cinq années à venir. On avait insisté sur la symbolique inter/exter : un homme politique jeune et déterminé, prenant appui sur son bureau élyséen, avec une forte assise en politique intérieure et une fenêtre grande ouverte sur le monde extérieur et les mille extrapolations que cette perspective autorise. On avait évidemment remarqué sa position centrale, pour ne pas dire centriste, entre drapeaux français et européen. On avait noté le rapport au temps (cadran d’horloge ancienne), au savoir, à la connaissance (livre ouvert), à l’ancien monde et au nouveau monde, notamment en matière de communication (vieux téléphone contre iphone), etc, etc…

On avait fait la comparaison avec ses prédécesseurs. François Mitterrand et Nicolas Sarkozy avaient opté pour l’intérieur de l’Élysée, alors que Jacques Chirac et François Hollande avaient préféré se mettre en scène à l’extérieur. On avait cherché les similitudes et les différences, les signes prémonitoires et les bilans analogiques. Bref, on avait dit, lu et écrit tout et n’importe quoi.




Mais on était surtout passé à côté d’un petit détail qui revêt une grande importance, budgétairement parlant. Cette vétille de quelques centimètres à peine, c’est le maire de Forges, un petit village de Seine et Marne, qui vient de la pointer avec un réalisme cuisant, et peut-être aussi une motivation revancharde suite aux nouvelles directives qui somment les communes de faire des économies à tous les niveaux. Romain Senoble, c’est le nom de cet édile, a fait remarquer que les portraits officiels des présidents de la république française étaient jusque là édités au format de 50 x 65 cm. Celui d’Émmanuel Macron a été reproduit et livré au format 50 x 70 cm. Petite folie des grandeurs insignifiante ? Pas tant que ça. En bon comptable proche de ses administrés et de ses sous, l’élu forgeois a calculé la conséquence directe de ces centimètres carrés supplémentaires à l’échelon national : un minimum de 2,7 millions d’euros ! Sur quelle base fonde-t-il cette estimation ? Il l’explique de façon très simple dans un post Facebook qui a aussitôt été relayé par bon nombre de ses collègues et de comptes Twitter :

Des esprits chagrins ont surenchéri en précisant que n’étaient pas concernées uniquement les 36000 communes de France, mais également les préfectures, gendarmeries, et moult dépendances officielles dans tous les services publics ou ministères, dont certains ne se contenteront pas d’une seule représentation picturale du président jupitérien. Même en cherchant à casser les prix ailleurs que chez Sedi, société spécialisée dans l’équipement des collectivités, la facture globale sera doublée, voire triplée. Du coup, on navigue allégrement dans une fourchette de 5 à 10 millions d’euros. « Pour un mec et une équipe de com’ réputés aptes à ne rien laisser au hasard, ça la fout mal, me confiait une amie secrétaire de mairie. Moi qui pouvait déjà pas l’encadrer au départ, je crois que la coupe sombre, je vais commencer par la faire aux bons vieux ciseaux et que la tronche du nouveau président va rentrer là où celles des anciens se trouvaient placardées » ! Malchance au tirage, rattrapage au découpage.

En voulant pousser à l’extrême symbolisme et esthétisme, ce portrait macronscopique n’était peut-être pas si bien vu que cela. Soazig de la Moissonnière, la photographe officielle du nouveau président, qui passa cinq ans au cours Florent pour devenir metteur en scène, était déjà l’opératrice attitrée de François Bayrou lors de sa campagne de 2012. Signer des affiches électorales ou réaliser des portraits officiels copier/coller de ce qui s’est déjà fait (celle de Macron est fortement inspirée de celle de Barack Obama) ne suffit pas, même avec beaucoup de technique, à produire de l’authenticité. Quant à la maîtrise des codes et des symboles que d’aucuns avaient vanté un peu prématurément, il est évident que l’arme est à double tranchant dès qu’on l’évoque avec trop d’insistance. Elle donne surtout lieu à de nombreux détournements et interprétations dont les internautes ne se sont pas privés depuis la sortie de ce cliché surdimensionné.

 

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