TRUMPERIE INTERNATIONALE

DONALD  OU  PICSOU ?

Sauf le respect du à Sir Roger Moore, le récent voyage du président des États Unis et de sa bourgeoise en Arabie Saoudite faisait penser à un ersatz de James Bond dans lequel on avait grand peine à reconnaître les lâches des méchants, les hypocrites des cupides, les orgueilleux des va-t-en-guerre, les suffisants des médisants. À l’évidence, personne n’était là pour parler philosophie, valeurs humaines ou même écologie. En réalité, la seule et unique chose qui intéresse ces tout petits grands de ce monde, c’est compter les billets. 

Leur obsession, c’est le fric, le pognon, la fraîche, le flouze, la thune, l’oseille, le pèze, le blé, la galette… Ils appellent ça la haute finance pour couvrir les basses besognes qui la génèrent, mais tout ne fonctionne qu’avec et autour de cela. Ils en sont tellement imbibés qu’ils ne se rendent même plus compte de l’indécence avec laquelle ils s’en vantent.
Du côté saoudien comme du côté américain, on s’empressa de se féliciter des accords commerciaux et des investissements réciproques ayant été confirmés les 20 et 21 mai 2017 à Ryad. Montant officiel des transactions contractualisées : 380 milliards de dollars ! Il n’y a pas d’erreur de frappe. Il s’agit bien de milliards. Ces gens là ne comptent plus en millions depuis belle lurette.



Ce qui fout la trouille, lorsque l’on détaille les photographies qui relatent l’événement, c’est qu’elles ont l’air de caricatures. Entre le roi de la moumoute et le roi du keffieh, on ne sait plus lequel des deux est Donald et l’autre Picsou. Ou on a peur de le deviner.
Et la Daisy de service qui se pavane en large ceinture dorée et collier en or de rappeur, alors que si elle était la favorite d’un de ces dignitaires qui lui matent les fesses, la seule ceinture qu’elle aurait le droit de porter serait de chasteté et son large collier, tout de textile noir, lui couvrirait entièrement la tête. D’ailleurs a-t-on vu une seule femme saoudienne au milieu de ce panégyrique fastueux ? Quelle idée saugrenue… Bien sûr que non ! La seule autre donzelle qui fit son apparition sur les clichés officiels et qui fut autorisée à poser ses miches sur les coussins protocolaires, ce fut Ivanka Trump.


La fifille à son papa est du même monde. Son parcours dans le mannequinat et la télévision reste bien modeste malgré l’appui paternel. En revanche, son appétence pour les affaires est atavique. Vice-présidente du département « développement et acquisitions » de la Trump Organization, mariée à un homme d’affaires américain devenu « Haut conseiller au président des USA », elle s’était d’abord lancée dans la joaillerie en s’associant à un vendeur de diamants, puis dans la mode (vêtements et accessoires), ce qui lui valut pas mal de critiques pour plagiat d’autres créateurs, non respect du droit des animaux (conflits avec l’association Peta) et fabrication de la plupart de ses produits hors des USA.  L’accession au pouvoir de son père l’a recentrée en politique, qui en Amérique est synonyme de business. Sa balade à Ryad n’avait certes aucune motivation humanitaire mais elle a déclenché une effervescence lubrique sur le net. “Trump est concentré sur les musulmans, les musulmans sont concentrés sur sa fille”, pouvait-on lire sur Twitter. Déclarations enflammées, demandes exaltées, commentaires déplacés, Ivanka a récolté ce qu’une blonde en hauts talons doit s’attendre à ramasser de la part de machos frustrés dans une monarchie rétrograde où les femmes n’ont droit à aucune liberté. Certaines interdictions sont inconcevables pour les américaines ou les européennes : sortir tête nue dans la rue ou passer le permis de conduire, aller dans un club de gym ou une salle de cinéma, signer des documents administratifs ou voyager sans l’autorisation d’un homme, fréquenter un lieu public (magasin, restaurant, etc…) sans mur de séparation entre hommes et femmes, faire du sport ou envisager un secteur d’activité professionnelle où existe un contact avec le public ! Et la liste n’est pas exhaustive.



Bien entendu, Ivanka a du s’insurger vigoureusement contre cette oppression des femmes et cette persécution inique que perpétuent de vieux tyrans phallocrates. Il n’est pas pensable qu’elle n’ait rien tenté, elle sur qui la moitié du royaume s’est masturbé, elle qui, pour une seule des photos exposées ci-dessus, aurait subi la flagellation ou la lapidation, ou les deux, si elle était née Saoudienne. Là-bas, le seul fait de conserver des photos en tenue légère vaut déjà châtiment… alors, pensez voir.

Mais que valent ces chétives considérations humaines face au rouleau compresseur du tiroir caisse ? On pense au clip de Pink Floyd « Money » et aux machines à sous qui broient tout sur leur passage. La longueur hypocrite des robes de Mélania et Ivanka peinent à cacher les dessous peu affriolants de l’histoire. Ce voyage en famille semble satisfaire tout le monde, à commencer par l’industrie militaire américaine qui se déclare comblée. Elle l’a toujours été, y compris les nombreuses fois où elle a armé ses ennemis, et où elle a envoyé ses GI tomber sous les balles et les obus made in USA.
Aujourd’hui, c’est la grande croisade contre le terrorisme international qui excuse et justifie tout. C’est la priorité number one, l’impératif absolu. Les États Unis d’Amérique n’ont pas la mémoire courte et ils puniront sans pitié les pays liés, de près ou de loin, avec cette entreprise criminelle à grande échelle. Un document circulant sur Internet a attiré mon attention au lendemain du déplacement trompeur à Ryad. Sous les photos des pirates de l’air responsables des attentats du 11 septembre 2001, une tragédie qui couta la vie à près de 3000 victimes, est précisé cette vérité : aucun n’était Irakien, aucun n’était Afghan, 15 (sur 19) étaient Saoudiens ! Juste en dessous, Donald Trump courbe l’échine pour recevoir la médaille de l’ordre du roi Abdelaziz al-Saoud. On ne sait du poids de l’or massif ou de la honte, ce qui pèse le plus lourd.

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