WOMEN’S TIME IS ON MY SIDE


LE TEMPS DES FEMMES


Ce 8 mars 2017 vient à peine de débuter que déjà trois ou quatre mâles au sourire narquois me demandent si moi aussi, je vais fêter la journée de la femme ! D’abord, on ne dit pas ‘’journée de a femme’’ mais ‘’journée internationale des droits de la femme’’, leur fais-je remarquer. Devant leur perplexité abyssale, je leur fais l’aumône d’un bref rappel historique.

Le combat des femmes pour l’accès à l’éducation primaire, la protection sanitaire, le droit de vote et celui du travail remonte à la révolution française. En 1791, Olympe de Gouges rédige la Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne. Véritable pionnière du féminisme français, cette femme de lettres s’engage en faveur des droits civils et politiques des femmes, mais milite aussi pour l’abolition de l’esclavage des noirs, ce qui, à l’époque n’est pas si courant, y compris dans les rangs révolutionnaires. Elle est guillotinée en 1793 et dix ans plus tard, ce M&N’s (Macho & Nabot sexiste) de Napoléon enterre ses illusions avec un code ratifiant l’exclusion totale des femmes de la vie politique. Au milieu du XIX° siècle, un souffle nouveau se propage outre Atlantique, mais il faut attendre le 28 février 1909 pour que soit fêté le premier National Woman’s Day en Amérique. L’Europe se réveille enfin en 1910 et le droit de vote pour les femmes est réclamé par l’Internationale socialiste à Copenhague. L’année suivante, en mars 1911, la célébration de la première journée internationale de la femme mobilise plusieurs millions de personnes en Allemagne, Autriche, Danemark, Norvège, Suisse… L’Australie (en 1901) et la Finlande (en 1906) ont déjà accordé le droit de vote et d’éligibilité aux femmes depuis plusieurs années. En Union Soviétique, l’insupportable hiver 1916-1917 fait éclater la révolution russe. Le 8 mars 1917, les femmes de Petrograd descendent dans la rue pour manifester contre la guerre et réclamer du pain. Cet acte spontané et pacifiste lance l’un des plus importants mouvements sociaux de l’histoire, qui aboutit au renversement du tsar. Trotski lui même souligne dans son ‘’Histoire de la révolution russe’’ : « Sans tenir compte de nos instructions, les ouvrières de plusieurs tisseries se sont mises en grève et ont envoyé des délégations aux métallurgistes pour leur demander de les soutenir… Il n’est pas venu à l’idée d’un seul travailleur que ce pourrait être le premier jour de la Révolution. » En 1921, Lénine entérine cette date du 8 mars comme étant la Journée Internationale de la Femme et de nombreux pays de l’Est l’adoptent alors progressivement. Lorsque les Nations Unies proclament que tous ses états membres doivent célébrer une journée pour les droits de la femme (et la paix internationale), le 8 mars s’impose tout naturellement. Mais nous sommes alors en 1977 et Dieu Jésus Marie Joseph (mais surtout Marie) que cette réflexion fut longue !

En 2017, on sait ce qu’il advient de la paix dans le monde et je ne suis pas certaine que les droits des femmes sur la planète soient beaucoup mieux lotis. Entre ceux qui transforment ce 8 mars en une Saint Valentin sociale et ceux qui ricanent du haut de leurs privilèges professionnels récurés à la testostérone, la marge de manœuvre reste aussi mince qu’un cil inférieur avant l’avènement du mascara ! Et ce n’est pas la façon dont les USA se trumpent actuellement de réforme sur la question qui inversera la tendance. Il est toujours étonnant de constater à quel point les hommes s’arrogent le droit de penser qu’ils sont les mieux placés pour décider de ce qui est le mieux pour les femmes. De l’intime jusqu’au social ou au professionnel. Ils trouvent injuste que leur mère, sœur ou épouse ne gagnent pas autant que leurs collègues masculins, mais considèrent tout à fait normal d’être mieux payés, à travail égal, que leur associée ou collaboratrice. Cette journée de la femme, comme ils disent, est souvent maquillée au blush de la plaisanterie. « Laisse tomber la vaisselle et le ménage aujourd’hui… me dit mon ami, tu auras bien le temps de faire tout ça demain, avant que je regarde le foot avec le PSG en Ligue des Champions. Ah oui, j’oubliais, les copains resteront probablement un peu après, pour voir les résumés des autres matches » ! Ben voyons. « Bien sur, mon chéri, lui dis-je en souriant, puisqu’il y a des prolongations à domicile, je vais en profiter pour aller jouer d’autres rencontres à l’extérieur… » À chacun son sport. À chacun ses clichés.

La journaliste américaine Erma Bombeck assurait : « Quand un homme regarde trois matchs de football d’affilée, il devrait être déclaré légalement mort ». Une fidèle lectrice répondit que : « Faire l’amour est la seule activité sportive où l’on préfère s’entraîner que marquer un but ! » Pas faux… Adriana Karembeu ou Victoria Beckham ont-elles jamais apporté un démenti ? « Après 40 ans, une femme doit choisir entre sa silhouette et son visage. Choisissez le visage et restez assise ! » conseillait de façon peu sportive Barbara Cartland. La femme, trait d’union entre le sport et l’art, offre une étrange alchimie, tantôt exfoliante, tantôt apaisante, comme un masque de bonté. Duo brisé entre Marcel Cerdan et Edith Piaf vantant « Cette immense fortune d’être deux », embardée fatale de Marylin Monroe, qu’aurait pu déjouer le retour d’un ex-mari, immense idole de base-ball, Joe Di Maggio, impossible relais amoureux entre Joan Crawford et Johnny Weissmuller, plus grand nageur de tous les temps, sombrant dans la folie, accroché à son fameux cri de Tarzan jusqu’à la fin.

Loin d’être un privilège masculin, la passion sportive se consume aussi au féminin. Hélène Boucher, recordwoman du monde de vitesse dans les airs, confiait un jour à sa meilleure amie : « On peut toujours faire mieux. Mais je sais que j’y passerai comme les autres », avant de franchir le mur de son existence à 26 ans. Françoise Sagan, également passionnée de vitesse, faillit l’imiter en voiture. « Nous sommes peu à penser trop, trop à penser peu » lançait-elle dans un sprint verbal saccadé et caractéristique, devancée par Sarah Bernardt certifiant : «L’énergie produit l’énergie. C’est en se dépensant soi-même qu’on devient riche ». On est proche de l’aveu d’Ellen MacArthur : « Je ne parviens pas à mettre mon cerveau en veille », de Joan Baez : «L’action est l’antidote du désespoir», ou de Madonna : « Perdre ne me paralyse pas… si je tombe, je me relève encore et encore ». La femme a ceci de supérieur à l’homme qu’elle ne craint pas d’avouer ses faiblesses pour les transformer en force. Elle assume souvent seule et se méfie du collectif. « Avez-vous remarqué comme on est bête quand on est beaucoup ? » disait George Sand. « Certains ne sont jamais seuls, ils sont toujours accompagnés de leur connerie », répondait Arletty !

 

Du haut de mes talons aiguille, j’ai souvent oscillé entre compétition et entraînement, appréhendant et analysant, une ‘’certaine marge de progression’’. J’ai tenté moi aussi des journées de la femme, puis des semaines, des mois et des années. J’ai suivi leur pensée. Ai tenté de la devancer. De me dépasser en faisant miennes certaines de leurs audaces. Katharine Hepburn : « Si on respecte toutes les règles, on gâche le plaisir ». Marie Curie : «Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre ». Marguerite Yourcenar : « Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin ». Janis Joplin : « N’acceptez aucun compromis. Vous êtes tout ce que vous avez ». Colette : « Les femmes libres ne sont pas des femmes », Virginia Wolf : « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue ». J’ai souvent noté que la lecture et l’écriture des femmes étaient plus fines que bon nombre d’équivalents masculins. De la littérature au journalisme, des auteures bien réelles aux personnages créés, on perçoit aussi un autre engagement, une autre sensibilité. Adolescent, quand certains copains dérobaient subrepticement le Lui de leur père pour une lecture coupable, je parcourais tranquilement le Elle de ma mère et ne le trouvais pas si innocent. Du moins pas autant que ne le prétendaient ces mâles supérieurs qui reposaient toujours le magazine avec un petit sourire condescendant… mais ne rataient jamais une occasion de le feuilleter ! J’y traquais des connivences, ou peut-être était-ce le contraire ? La légèreté des mots, le chic des photos, un mélange de sensibilité et de lucidité. Et probablement les premières passerelles hors de mon il. Aujourd’hui, à l’instar d’Hélène Lazareff ; « Je revendique avec Elle le sérieux dans la frivolité, l’ironie dans le grave ».

Mon rêve est désormais ma vie. Sans renier ma biologie masculine, j’ai enrichi ma personnalité féminine au point de l’assumer au quotidien tout en faisant accepter comme un droit un besoin vital. Dans une dualité qui maintient mes sens en éveil, je tisse mon combat inégal sur la couture d’un féminin/masculin en perpétuelle tension. La fameuse phrase de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme. On le devient » m’a évidemment interpelée, pas toujours pour les mêmes raisons. Elle a longtemps fait partie de mes citations favorites, mais elle a fini par perdre de son sens et de sa force tant elle a été rabâchée par n’importe qui pour justifier n’importe quoi. L’auteure du Deuxième Sexe, essai existentialiste et féministe, estimait que l’émancipation féminine surviendrait grâce aux efforts solidaires et à la volonté conjuguée des hommes et des femmes. Le Deuxième Sexe n’évoque pas le troisième genre et c’est bien dommage. À l’échelle d’une société, même dite moderne, on voit clairement que rien n’est encore gagné à propos de l’émancipation féminine. À l’échelle de l’individu, les transsexuels, quels qu’ils soient (male to female ou female to male), opèrent un rééquilibrage de données dont leurs sociétés feraient bien de s’inspirer. Ils n’ont pas peur de modifier les références, de moduler les valeurs, de désacraliser les genres. Quoi de plus pertinent pour estomper les inégalités hommes/femmes ? Or, il est révélateur de constater que la société, et surtout la bonne société, les relègue à son ban sans appel, assimilant automatiquement ce troisième genre à un très mauvais genre. Si la femme est l’avenir de l’homme, celui du transgenre, en tant qu’accélérateur ou modérateur essentiel, est forcément et étroitement lié à l’avenir de la femme. Comment réellement comprendre l’autre, et lui accorder les mêmes prérogatives qu’à soi-même, sans jamais vraiment se mettre à sa place, au propre comme au figuré ? Finalement, bien plus qu’une journée de la femme, c’est d’une journée, ou plutôt d’une semaine, voire d’un mois de la transsexualité dont tout le monde aurait grand besoin afin de s’engager enfin vers des droits équitables.

Ah, que n’avons-nous pu deviser de concert, les jambes croisées à la terrasse de ce Flore où il n’y a plus fol espoir de métamorphose. Philosophique ou esthétique. Il aurait fait beau voir, chère Simone, de quel concept transversal nous aurions pu accoucher. En guise de conclusion, permets-moi, malgré tout, d’emprunter une autre de tes saillies, ô combien évocatrice : « La femme est tout ce que l’homme appelle et qu’il n’atteint pas ».



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