TROP LONGTEMPS DÉJÀ…

Amour, Amitiés…

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Les images du montage photo sont légèrement racoleuses, je vous l’accorde, mais les chaînes de télévision françaises l’ont été si peu en annonçant sa mort, un certain dimanche 17 août 2014, que cela rétablit un semblant d’équilibre. Pierre Vassiliu avait coupé le contact discrètement après un parcours inclassable. Le grand public retient évidemment son tube de 1973 « Qui c’est celui-là ? », étonnante adaptation de « Partido Alto » de Chico Buarque, et peut-être aussi l’année d’après « J’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport ».
Mais la nuit dernière, j’ai assemblé ce patchwork un brin aguicheur en ré-écoutant un chef d’œuvre moins connu, intitulé « Film ». Curieuse balade de 5’30’’ évoquant une virée nocturne au Bois de Boulogne, balayant sous la pluie parisienne une incroyable gamme de sentiments et de sensations. On passe du trivial au sublime, l’ennui alcoolisé et les maladresses grivoises s’évanouissant derrière le charme et le mystère d’une poésie envoûtante. Daniel Darc (Taxi Girl ; « Cherchez le garçon ») confia un jour que c’était ce titre, « Film », qui l’avait poussé vers le talk over (le parlé/chanté). La version vidéo livrée ici en restitue la quintessence grâce à une réalisation pertinente de François Laurent (cliquer sur l’image en toute fin d’article pour lancer le clip).

L‘évanescence vassilienne relevait d’une magie particulière, caracolant en pente douce entre les mots et les notes, les émotions et les impressions. Le petit Pierre avait pourtant d’abord cédé à une passion équestre pour laquelle il endossa une casaque de jockey et de moniteur d’équitation. Sa rencontre avec les apprentis cavaliers Roger Pierre et Jean-Marc Thibault le mena ensuite dans les cabarets de la capitale dès le début des années 1960. Galop d’essai loufoque et fatidique qui le révéla au monde de la chanson française et du cinéma (il fut également compositeur de musiques de films). Adoubé par Georges Brassens, invité par Mireille dans son petit conservatoire (quelques perles de l’INA peuvent encore être consultées sur internet), tournées avec Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Johnny Halliday, cette chevauchée fantastoche le conduisit jusqu’à la première partie des Beatles à l’Olympia, en 1964 !

Dans les années 1970, le succès après lequel il ne courait pas plus que ça s’enroula comme un lasso autour de son image pour relâcher la bride juste après les années 1980. Il mitonna alors d’autres partitions avec l’ouverture d’un restaurant dans le Gers et d’une salle de concert dans le Vaucluse. Cet explorateur sentimental qui voyageait aux étoiles, teintées de sonorités africaines et latino-américaines, s’en alla plus loin, à la découverte d’un autre rythme de vie. Installation au Sénégal de 1985 à 1989, ouverture d’un club de jazz à Dakar, d’un restaurant en brousse de Casamance. Puis, retour en France feutré pour deux décennies de créations tranquilles, plus personnelles, avant le tourment d’un mal tenace.
PV
Chêtive et revencharde consolation : la maladie de Parkinson qui emporta Pierre Vassiliu ne pourra en rien affecter un répertoire au sein duquel figure une capiteuse pépite, véritable référence intemporelle de la chanson française. Le sublime « Amour Amitié » ressemble bien à son auteur : une implosion d’émotion, un pic de profondeur, une montagne de talent nimbée d’une douce et humble tendresse. Bon nombre de reprises lui ont déjà rendu le plus bel hommage qu’un artiste puisse espérer.

Glanée sur internet il y a deux ans, cette information concernant la dernière fugue de Pierre Vassiliu : « Ce jeudi 21 août 2014, une cérémonie aura lieu à 15h30 au complexe funéraire de Thau, à Sète. Ensuite petit picnic sur la plage. Dernières volontés de Pedro : Tout le monde en blanc. Ni fleurs ni couronnes, mais Champagne et maillots de bain » !

À l’époque de Pink tv, j’avais réalisé un reportage sur la prostitution du troisième genre dans le Bois de Boulogne. À ma grande surprise, une transsexuelle sud-américaine, devenue aujourd’hui une belle amie, m’avait confié son admiration pour ce chanteur français dont elle connaissait l’œuvre par cœur et dont elle rêvait de faire la rencontre, au hasard d’une contre-allée de spleen parisien.
« Si tu écris quelque chose sur lui en cette fin d’été saudade, m’avait-elle dit, transmets lui tout notre amour et nos amitiés… »
C’est fait.

 

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