COLUCHE

UNE  AMIE  DE  40  ANS

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C’est un ami de 40 ans, un vrai, pas un de ceux qui trahissent pour une élection. C’est et non pas c’était, parce qu’il aura toujours 40 ans et parce que sans être physiquement présent, il est toujours là. Né le 28 octobre 1944 à Paris, dans le 14ème arrondissement, et mort le 19 juin 1986 au guidon de sa moto 1100 VFC Honda, sur la route de Grasse, entre Opio et Valbonne (Alpes Maritimes),  il nous a fait rire de façon intelligente alors que les cons le prétendaient vulgaire. Il a foutu la trouille aux politiques des années 1980 et a fait le boulot à leur place en fondant les Restos du Cœur. Il a réalisé plein d’autres choses intéressantes qui mériteraient le détour, mais l’une d’elles, que beaucoup n’ont même jamais remarquée, m’a frappée dès le départ.
En plaçant maintes fois le travesti du bon côté des barrières sociales, en se travestissant lui même (mariage avec Thierry Le Luron, rôles au cinéma tel «L’Inspecteur la bavure», sketches à la télévision, etc), il apporta un renfort de poids et une contribution importante à l’acceptation d’un troisième genre qui n’est toujours pas évidente aujourd’hui, mais qui l’était encore moins à l’époque. Coluche, et les amis célèbres qu’il entraîna dans ces transformations certes burlesques mais toujours sympathiques, pour ne pas dire sympathisantes à l’égard du troisième genre, contribua à infléchir sensiblement les mentalités à ce propos. Puisque des gens comme lui osaient le faire publiquement et positivaient cette image dans le rire, se travestir en femme quand on est un homme devenait moins tabou, moins honteux, moins pervers. Ça n’était pas forcément pour se faire sauter au premier coin de rue qu’un homme décidait de s’habiller en femme. Cela parait trivial, mais ce préjugé habite encore bien des boîtes crâniennes, si étroites qu’on ne peut guère les créditer d’un esprit.
De l’esprit, Michel Colucci en avait à revendre et il le filait gratuitement ! Il aurait pu le partager encore longtemps si un putain de gros cul de 38 tonnes ne lui avait barré la route il y a trente ans, jour pour jour. Alors mon ami Coluche, notre ami Coluche, on te dédie ces quelques lignes, écrites à l’encre du rimmel qui coule encore un peu sur nos joues. Des larmes de joie bien sûr, en souvenir de ton sourire, et de nos fous rires. Du genre de celui qu’on n’a pas. Du genre de celui qu’on n’a plus.

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