LE HIGHLANDER DU 7ÈME ART

SEAN  CONNERY  NE  MEURT  JAMAIS



À sa naissance, le 25 août 1930, dans le quartier de Fountainbridge, à Édimbourg, en Écosse, le pari était loin d’être gagné. Sa mère était femme de ménage, son père chauffeur d’engins de chantier. Elle, était protestante écossaise, lui était catholique d’ascendance irlandaise. Leur foyer très modeste fut la première rude école de la vie du petit Sean Connery. Celui-ci dut se mettre à travailler dès l’âge de 8 ans, en tant que milkman (livreur de lait) tôt le matin et apprenti boucher tard l’après-midi, après les heures d’école.

À 17 ans, il fut contraint d’abandonner ses études pour s’engager dans la marine britannique, qui lui déclencha un ulcère à l’estomac dès la troisième année ! Retour à terre et aux petits boulots qui permettent de tenir le coup : maçon, livreur, maître-nageur, vernisseur de cercueils, modèle pour les artistes des beaux arts… Il pratiqua le culturisme à un haut niveau puisqu’il se classa 3ème au concours de Mister Univers de 1950. Également très doué pour le football, il ne tarda pas à être repéré, notamment par le célèbre Matt Busby qui voulut l’enrôler dans le non moins célèbre club de Manchester United ! La proposition était tentante, mais Sean venait également de goûter au théâtre, à la télévision et au cinéma lors d’apparitions certes modestes mais qui n’avaient fait qu’aiguiser son appétit. Il tourna définitivement le dos à une carrière sportive et choisit celle d’acteur sans regret : « J’ai compris qu’un footballeur professionnel pouvait avoir son passé derrière lui à 30 ans, et j’en avais déjà 23. J’ai décidé de devenir acteur, ce qui s’est avéré être l’une des décisions les plus intelligentes que j’aie jamais prises ».

Effectivement, en 1961, un grand concours fut organisé par le London Express afin de sélectionner l’acteur qui incarnerait un certain James Bond, agent 007 issu de l’imagination et des romans de Ian Fleming, ex-espion anglais et écrivain à succès. Pas moins de 600 postulants se disputèrent le rôle, parmi lesquels David Niven, James Mason, Cary Grant, Rex Harrison, Trevor Howard, Patrick MacGoohan… et déjà Roger Moore ! Sean Connery coiffa tout le monde au poteau, bien que n’ayant pas eu les faveurs de l’auteur au départ. Il réalisa alors un tir groupé au succès foudroyant : James Bond 007 contre Dr No (1962),  Bons Baisers de Russie (1963), Goldfinger (1964), Opération Tonnerre (1965), On ne vit que deux fois (1967), puis Les Diamants Sont Éternels (1971) et Jamais Plus Jamais (1983). Ian Fleming révisa rapidement son jugement initial mais ne put savourer le triomphe cinématographique de son héros. Gros fumeur, gros buveur et grand séducteur, il succomba dès 1964 à une maladie cardiaque que ses excès en tous genres ne firent qu’aggraver. Ne mène pas la vie d’un James Bond qui veut.

En 1973, le film Vivre et Laisser Mourir fut évidemment proposé à Sean Connery, assorti d’un cachet de 5 millions de dollars. Le développement décevant du personnage et sa séquestration dans des stéréotypes répétitifs poussèrent toutefois l’acteur écossais à abandonner un rôle que la plupart de ses confrères auraient jalousement agrippé de toutes leurs forces. Lui ne voulut justement pas d’une image lui collant trop à la peau et les réalisateurs avec qui il décida alors de travailler ne comptèrent pas vraiment parmi les moins prestigieux : Alfred Hitchcock, Sidney Lumet, Terence Young, John Boorman, Richard Brooks, John Huston, Vittorio de Sica, Richard Lester, Irvin Keshner, Michael Crichton, Richard Attenborough, Jean Jacques Annaud, Brian de Palma, Steven Spielberg, pour n’en citer que quelques uns.

Sean Connery orienta sa carrière comme il l’entendit en privilégiant des interprétations qui furent aussi marquantes que variées. Et lui donnèrent finalement presque toujours raison. On se souvient de certains films par le prisme des personnages auxquels il a su insuffler un supplément de mystère tranquille. Sans doute a-t-il, plus d’une fois, jubilé de pouvoir passer de James Bond à Zardoz en bifurquant par Le Crime de l’Orient-Express, Un Pont Trop Loin, Le Nom de la Rose, Highlander, Les Incorruptibles, Family Business, Indiana Jones et la Dernière Croisade, À la Poursuite d’Octobre Rouge, Robin des Bois Prince des Voleurs, La Maison Russie, Haute Voltige, À la Rencontre de Forrester… Le spectateur curieux et le fan inconditionnel pourront cependant tous deux regretter que Sean Connery ait décliné les offres de tournage dans les trilogies Matrix et Le Seigneur des Anneaux. On aurait bien aimé voir ça.

Ayant confirmé sa retraite des plateaux de cinéma en 2003, juste après le tournage de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Sean Connery n’a manifestement pas l’intention de revenir sur sa décision. Cela n’a jamais été le genre de la maison. Marié en secondes noces avec une artiste peintre française, Michèle Roquebrune, depuis 1975, il demeure fidèle à certains engagements primordiaux. Celui en faveur de l’indépendance de l’Écosse perdure depuis une trentaine d’années, d’où la mauvaise grâce de la reine Elisabeth II à prononcer un anoblissement qui ne fut officialisé qu’en juillet 2000. Sean Connery se rendit à la cérémonie officielle en costume traditionnel écossais, provoquant les palpitations de la presse et des conservateurs britanniques.

L’improvisation dans la continuité ou vice versa. On ne change décidément pas des habitudes qui gagnent. Bien malin qui peut prédire où il va fêter ses 89 ans en ce dimanche 25 août 2019. Peut-être ne le sait-il pas lui-même, alors que d’autres sont déjà dans le secret ?  Le 30 août 2017, lors d’une apparition qu’il pensait discrète à l’US Open de tennis, Sean Connery eût la surprise d’entendre raisonner dans tout le stade le célèbre générique musical de James Bond en son honneur. Roger Federer  sur le court et le public new-yorkais dans les travées lui avaient alors offert une émouvante ovation d’anniversaire. Un joli trait d’union renouvelé entre sport et cinéma. Et cette difficulté, malgré tout, à ne pouvoir échapper à un destin d’agent très spécial.

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