PROCRASTINATION

Rien ne sert de courir…

Lundi 25 mars était célébrée la journée mondiale de la procrastination. J’avais projeté d’écrire un article à ce sujet, que j’ai reporté au mardi 26, pour finalement le rédiger en ce mercredi 27 mars. Qui pourrait m’en faire le reproche ? La procrastination ( du latin : pro, “en avant”, et crastinus, “du lendemain”) est la tendance à remettre systématiquement au lendemain ce que l’on pourrait faire le jour même. Nous procrastinons tous, à un moment ou à un autre, dans des proportions plus ou moins importantes et à une fréquence plus ou moins élevée. Mais quelle drôle d’idée que de consacrer à la procrastination une célébration annuelle…

Et pourquoi une seule journée au lieu de deux, ou trois, voire une semaine, un mois, une année entière ? On entrerait ainsi dans le vif du sujet pour ne plus en sortir… et respecter une sorte de logique implacable. Évidemment, je caricature un peu. C’est comme avec le maquillage. J’ai toujours tendance à en rajouter une couche. En réalité, l’écueil à éviter est d’assimiler la procrastination à de la paresse. Procrastiner ne signifie pas automatiquement et uniquement ne rien faire. Au contraire, bon nombre de procrastinateurs et procrastinatrices sont des personnes très actives. Simplement, elles rebutent à accomplir certaines tâches fastidieuses immédiatement et préfèrent vaquer à d’autres occupations beaucoup moins rébarbatives. Ce faisant, elles peuvent tout de même abattre un gros volume de travail en modifiant l’ordre des priorités à leur guise. Elles peuvent même avoir l’agréable surprise de voir certains problèmes se résorber d’eux-mêmes avec le temps, sans qu’elles n’aient eu besoin de s’y atteler de but en blanc. Napoléon 1er, que l’on ne peut guère classer parmi les grands procrastinateurs, avait coutume de rappeler : « On déjoue souvent beaucoup de choses en feignant de ne pas les voir ». Toute la nuance réside dans le terme “feignant”, employé en tant que gérondif du verbe feindre, et non pas substantif synonyme de fainéant.

Une autre thèse en faveur de la procrastination (consommée avec modération) affirme qu’elle améliore la qualité de vie et constitue une parade efficace contre le stress et le rythme effréné imposés par notre société moderne. À dose raisonnable, la procrastination permet une pause salutaire et une recharge d’énergie pour repartir de plus belle le moment venu. Elle peut aussi être accompagnée de divines surprises, telle une réduction substantielle sur une réservation faite dans l’urgence ou sur un article bradé alors qu’il était encore vendu plein pot quelques jours plus tôt. En revanche, les gros dossiers ou les projets d’envergure ont très peu de chances d’être menés à bien par l’opération du Saint-Esprit du troisième ajournement. N’en déplaise à ce cher Alphone Allais, et son célèbre conseil pro-procrastination : « Ne remets pas à demain ce que tu peux faire après-demain ».

2 thoughts on “PROCRASTINATION

  1. la procrastination Michel et Fernand Sardou.

    Devant ma maison y a un pin terrible
    Dont la grosse branche pourrait bien tomber.
    Pour mon pauvre toit, quelle belle cible.
    Cette branche-là, je vais la couper…

    Aujourd’hui peut-être, ou alors demain.
    Ce sacré soleil me donne la flemme
    Je la couperai… té : après-demain,
    Et si je peux pas la couper moi-même,
    Je demanderai à l’ami Tonin
    Qui la coupera aussi bien lui-même.
    Ce n’est pas qu’on soit fainéant par ici
    Mais il fait si chaud dans notre Midi.

    J’ai de beaux lapins, des lapins superbes,
    Mais ils ont toujours envie de manger.

    Il faut tout le temps leur couper de l’herbe
    Et je devrais bien leur en ramasser…

    Aujourd’hui peut-être, ou alors demain.

    Ces sacrés lapins me donnent la flemme.
    Je la couperai… té : après-demain,
    Et si je peux pas la couper moi même,
    Hé bé je lâcherai tous mes beaux lapins
    Qui la couperont aussi bien eux-mêmes.
    Ce n’est pas qu’on soit fainéant par ici
    Mais la terre est basse dans notre Midi.

    Le soir de mes noces avec Thérèse,
    Quand on s’est trouvés tout déshabillés,
    En sentant frémir son beau corps de braise,
    Je me suis pensé : « je vais l’embrasser »…

    Aujourd’hui peut-être, ou alors demain.

    Moi les émotions, boudiou, ça me rend tout blême.
    Je l’embrasserai… té : après demain,
    Et si je peux pas l’embrasser moi-même…
    Mais soudain ça m’a pris au petit matin.
    On est déchaîné chez nous quand on aime
    Et deux mois après… j’avais trois petits.
    Nous sommes les rois dans notre Midi.

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