FÉLICITATIONS

UNE FÉLICIE D’UN AUTRE GENRE ?


Il la chantait dès 1939 et elle demeure probablement sa chanson la plus célèbre. Lors de cet enregistrement télévisé, qui date de 1968, Fernandel excelle dans le registre qui est le sien, celui d’un acteur qui attira plus de 200 millions de spectateurs dans les salles de cinéma, tout en rappelant qu’il fut aussi un chanteur très populaire. Toutefois, une autre singularité pourrait bien se cacher derrière les paroles mêmes de la chanson. Tels qu’ils sont esquissés par cette rengaine, le portrait et le personnage de Félicie travestissent peut-être une autre réalité…

La rencontre se fait dans un coin du bois de Boulogne. Gueule de loup qui boutonne, avec une drôle de cloche, une prédilection pour les pieds de cochon, une haleine d’échalote, une allure bancale, et tout comme le homard, du poil aux pattes… sans compter le lavabo qui fuit : Félicie ne collectionne pas vraiment les indices d’ultra féminité. C’est même tout le contraire, et le moins que l’on puisse dire est que les métaphores apparaissent, comment dire, très orientées. Volontairement ou non, cette caricature met en scène une Félicie dont le genre devient de plus en plus ambigu au fur et à mesure qu’on cherche à le cerner.

À vous d’en juger, à la relecture des paroles (précisées ci-dessous), à la ré-écoute du morceau, ou au ré-examen de la vidéo.

 

♪ Félicie Aussi ♪

C’est dans un coin du bois de Boulogne
Que j’ai rencontré Félicie
Elle arrivait de la Bourgogne
Et moi j’arrivais en taxi
Je trouvais vite une occasion
D’engager la conversation
Il faisait un temps superbe
Je me suis assis sur l’herbe
Félicie aussi
J’pensais les arbres bourgeonnent
Et les gueules de loup boutonnent
Félicie aussi
Près de nous sifflait un merle
La rosée faisait des perles
Félicie aussi
Un clocher sonnait tout proche
Il avait une drôle de cloche
Félicie aussi

Afin d’séduire la petite chatte
Je l’emmenais dîner chez Chartier
Comme elle est fine et délicate
Elle prit un pied de cochon grillé
Et pendant qu’elle mangeait le sien
J’lui fis du pied avec le mien

J’pris un homard sauce tomate
Il avait du poil au pattes
Félicie aussi
Puis une sorte de plat aux nouilles
On aurait dit une andouille
Félicie aussi
Je m’offris une gibelotte
Elle embaumait l’échalote
Félicie aussi
Puis une poire et des gaufrettes
Seulement la poire était blette
Félicie aussi

L’Aramon lui tournant la tête
Elle murmura « quand tu voudras »
Alors j’emmenai ma conquête
Dans un hôtel tout près de là
C’était l’hôtel d’Abyssinie
Et du Calvados réunis

J’trouvais la chambre ordinaire
Elle était pleine de poussière
Félicie aussi
Je m’lavais les mains bien vite
Le lavabo avait une fuite
Félicie aussi
Sous l’armoire y’avait une cale
Car elle était toute bancale
Félicie aussi
Y’avait un fauteuil en plus
Mais il était rempli d’puces
Félicie aussi
Et des draps de toile molle
Me chatouillaient les guiboles
Félicie aussi !

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