SAINT NICOLAS vs PÈRE NOËL

SAINT  NICOLAS  vs  PÈRE  NOËL

 

Le Père Noël est-il une imposture ? À qui a-t-il volé ses pouvoirs ? Qui l’a travesti ? Quid de sa transformation durant ces deux derniers siècles ? Entre nous soit dit, le père Noël, c’est pas un cadeau. C’est même loin d’être un saint ! Made in Europe puis remixé aux USA, snobé par l’Eglise, chouchouté par les médias, le père Noêl est en réalité un personnage récent qui a presque tout pompé sur son glorieux aîné : Saint Nicolas !

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Saint Nicolas, c’était vraiment un bon mec, un évêque qui donna tout aux pauvres de l’Asie Mineure du IVe siècle. Persécuté par les Romains, il dut s’exhiler un temps et rendit l’âme le 6 décembre 343. Nicolas de Myre continua pourtant ses miracles et protége toujours les déshérités. Saint patron des écoliers, navigateurs, voyageurs, boulangers, protecteur des prisonniers, c’est lui qui, dès le XII° siècle, eut le monopole de la distribution de cadeaux en Europe, dans la nuit du 5 au 6 décembre.
Les enfants laissaient leurs souliers devant la cheminée ou la porte… avec du sucre, du lait et une carotte ! Ils découvrent au matin les friandises et les présents espérés. La mule qui porte Saint Nicolas a mangé la carotte. Lui, a bu le verre de lait ou de vin chaud.
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Au XVII° siècle, des immigrés allemands et hollandais exportent Saint Nicolas outre Atlantique. La customisation US est en marche. De 1820 à 1910, auteurs et illustrateurs américains peaufinent son travestissement vestimentaire et culturel jusqu’à sa transformation définitive. Saint Nicolas, ou Sinter Klaas, devient alors Santa Claus : le Père Noël.

Il garde sa grande barbe blanche et sa hotte mais troque sa mitre pour un bonnet bordé de fourrure, sa crosse pour un sucre d’orge, son manteau chatoyant pour une houppelande de carnaval, son gentil petit âne pour 8 rennes et un traîneau tintinnabulant… Et surtout l’Amérique lui arrache son compagnon de toujours : le Père Fouettard ! Saint Nicolas sans le Père Fouettard, c’est Borg sans Mc Enroe, le jour sans la nuit, Jekyll sans Hyde. C’est un couscous sans harissa. C’est Chirac sans Sarkozy…

Vêtu de noir ou de marron, visage au charbon, le Père Fouettard effraie et punit les enfants désobéissants, porte bottes et capuchon, masque ou cagoule, d’où perce parfois une paire de cornes, manie fouets, martinets, cordes, chaînes, triques, verges ou balais de sorcière. C’est peut-être la réincarnation du boucher qui découpa les trois enfants dans son saloir puis fut confondu par le saint (ressuscitant les bambins au passage) et condamné à le suivre dans ses tournées, chargé d’innombrables jouets, expiant ses mauvais penchants en prodiguant une certaine justice.

C’était surtout l’autre pôle émotionnel du tandem, certes un peu connoté sm, mais équilibrant à merveille ce couple manichéen. Un peu trop sans doute pour le marketing et les médias américains, diablement plus attirés par la dimension commerciale. Tancer les enfants insupportables n’est pas un bon business plan. Les éduquer non plus.

Exit donc Saint Nicolas et sa symbolique poivre et sucre. Hello Santa Claus lisse et placide, cloné à la Disney ou à la Huxley. À bien des égards, aujourd’hui, le Père Noël est une torture. Le Père Noël, c’est du bromure, y compris en littérature. Cela fait trop longtemps que ça dure. J’en appelle à Stendhal et au Marquis de Sade.

Qu’on nous rende Saint Nicolas… et le Père Fouettard !

 

PS : la version attribuant à Coca Cola la création du Père Noël tel que nous le connaissons aujourd’hui est une légende urbaine. Elle est fondée sur le fait que, dès les années 1930, la firme américaine mit le paquet sur ce bonhomme noël hypermédiatique afin de doper la vente de ses produits en plein hiver.

5 thoughts on “SAINT NICOLAS vs PÈRE NOËL

  1. Ok Brigitte, 5 sur 5 ! A Tati pour 3 francs 6 sous, tu peux avoir un habit de père Noel, si tu veux on se fait un plan spécial Noel, moi, je suis très cuir !

  2. Merci Brigitte Noëlle.
    Comme pour l’article sur Johnny, au-delà du mythe on apprend l’Histoire, la vraie !

    Et entre Saint Nicolas ou son homonyme à l’enseigne de spiritueux, mon choix est déjà fait…
    Pourtant en final j’aime mieux cette, pas si molle, Mère Fouettarde avec cuissardes noires, plutôt que la Marquise de la Môle en « Standhal » rouges.
    Et puis, le gentil bonhomme rouge à moustache noire avec son revolver n’a qu’à bien se tenir ou je lui envoie Monsieur Preskovitch avec ses délicieuses spécialités bulgares…

    Peut-on alors dire que tes chroniques sont trans’culturelles ?

    😉

  3. Le mérite de cette jolie histoire est de remettre les choses à leur place ! La vérité fait toujours du bien sauf aux menteurs ! Bravo encore à la chère Brigitte qui nous manquerait tant si elle n’était pas là !

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