FUCKING SMOKING AREA

FUMISTERIE  MINISTÉRIELLE

Droite, gauche, centre, en France ou à l’étranger, on savait les ministres de tous bords très souvent capables du pire et plus rarement du meilleur. Avec une gestuelle très équivoque d’ancienne fumeuse, Agnès Buzyn, qui, depuis le 17 mai 2017 se prévaut pompeusement du titre de Ministre des Solidarités et de la Santé en France, a pollué les ondes audiovisuelles du week-end avec cette réflexion toxique : « Je ne comprends pas, aujourd’hui, l’importance de la cigarette dans le cinéma français. Il se trouve que j’en ai parlé au Conseil des ministres, à Françoise Nyssen (ndlr : notre illustre et presque inconnue ministre de la culture) pour l’alerter. Il y aura des mesures en ce sens. »

Des mesures en ce sens ?! Ça veut dire quoi exactement ? Que les films vont devenir non-fumeurs, comme les trains, les restos ou les bureaux ? Que les réalisateurs se verront attribuer un quota de cigarettes possibles selon les scénarios ? Qu’à terme, comme le faisait jadis la censure soviétique, il va falloir éliminer de la pellicule les images jugées gênantes ou indésirables ? Et pourquoi pas appliquer cette règle privative a posteriori aussi ? Dans les films documentaires aseptisés, Winston Churchill apparaitra alors avec un verre de grenadine à la main et Fidel Castro une Chupa Chups au bec ! Non, sérieusement, deux têtes de gondoles gouvernementales enflées à l’hélium, dont ni les tronches ni les noms ne disent rien à personne, vont-elles nous gonfler encore longtemps avec ce genre de fumisteries ?

Si le cinéma français – et pas que français d’ailleurs – montre des acteurs ou des actrices en train de fumer, c’est que cela fait partie de la réalité de nos sociétés, n’en déplaise aux responsables politiques qui évoquent la santé ou le bien-être des citoyens mais cherchent surtout à réduire certains déficits, et certaines libertés par la même occasion. Toutes les réalités ne sont pas traitées de la même façon. Certaines sont victimes d’un tri sélectif selon les intérêts qu’elles servent ou desservent.
On n’entend guère la mère Buzyn s’élever contre les films montrant des gens en train d’arroser copieusement un bon repas, de se taper plusieurs apéros au bistrot, voire de rentrer chez eux complétement bourrés après une soirée plutôt imbibée. Pourtant, si l’on ajoute les accidents de la route et autres dégâts collatéraux aux décès et problèmes de santé directement liés à l’alcool on ne doit pas être très loin du funeste bilan tabagique. C’est kif kif barrique and co. Par segments, notamment chez les jeunes femmes, l’alcool génère aujourd’hui des bilans de plus en plus inquiétants à l’échelle nationale. Seulement voilà, s’attaquer au négoce d’alcool et aux grands domaines viticoles français, c’est autrement plus risqué que de viser des cigarettiers américains. On pourrait même dire que ça ne se fait pas, si l’on veut rester en place et conserver son portefeuille.

En réalité, les communiqués auxquels nous venons d’avoir droit sur la place de la cigarette dans le cinéma français (et les mesures coercitives à l’étude) produisent un effet déplorable sur les jeunes générations et le public rebelle, dont je me plais encore à faire partie. Ce sont des écrans de fumée totalement contre-productifs, un peu comme les déclarations de Nicolas Hulot qui se réjouit de nous apprendre que l’on est sur la bonne voie, qu’il y a une réelle prise de conscience écologique dans le monde et que tout va peut-être changer dans quatre ou cinq ans. Monsanto et consorts doivent en trembler d’inquiétude du haut de leurs exportations croissantes.

Il y a quelques semaines, j’avais songé réduire ma modeste consommation (deux paquets par semaine) de blondes mentholées.  D’abord parce que, depuis l’interdiction des formats longs, je ne trouve plus les Fine 120 Extra Lights qui me convenaient à merveille, ensuite parce que, vu l’augmentation du prix du tabac, fumer commence à devenir un luxe pour tous ceux qui ne peuvent compter sur le remboursement de très généreux frais de fonctionnement… Mais depuis ce week-end et  l’initiative à la Bugg Buzyn, je suis plus motivée que jamais pour rejoindre la résistance !

Aussi, ai-je décidé de promouvoir chaque semaine le charme sensuel et le pouvoir attractif de la menthol extra-longue, cinéma ou pas cinéma. Je sélectionnerai donc des vues particulièrement évocatrices de ce plaisir incandescent que l’on veut éteindre à la vie comme à l’écran. Je serai également très attentive à toutes les suggestions qui me seront adressées dans ce sens. Dessins, photos, vidéos, textes… je ferai feu de tout bois, de tout briquet, allumettes, cigares et cigarettes pour raviver la flamme que l’on veut faire vaciller ! Peut-être irai-je même jusqu’à inclure la pipe dans ce tir de barrage iconographique. Et qu’on ne vienne pas me dire que ma révolte est désespérée, que ma puissance de feu n’est pas de taille à rivaliser avec les batteries (de cuisine) ministérielles. Une ministre de la santé ou de la culture ne peut prétendre à un premier rang quel qu’il soit. En revanche, un top model doublé d’une ex-première dame de France, ça c’est de la pole position à tous les niveaux ! Une flamboyance divine et une alliée étincelante dans ma stratégie promotionnelle. Ministre contre première dame : aucun doute pour choisir son camp.
En les plaçant simplement côte à côte, il n’y a pas photo !

 

 

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