SEXAGÉNAIRE SEXY

UNE  NANA  D’ENFER


Fran Drescher, l’inoubliable actrice et créatrice de la série tv américaine «The Nanny», alias «Une Nounou d’Enfer», vient de souffler ses soixante bougies. Ça ne nous rajeunit pas, mais ça ne nous inquiète pas non plus. Née le 30 septembre 1957 à New York, Francine Joy Drescher rêve très tôt de show business mais passe une enfance plutôt tranquille au sein d’une famille juive dont les racines ashkénazes plongent vers la Pologne et la Roumanie. Études sans problèmes (mais sans grande passion non plus) au Queens College, puis école de cosmétique jusqu’à l’ouverture de son petit salon de coiffure… elle prend tout de même quelques cours de théâtre et fréquente régulièrement les castings. 

En 1977, premier clin d’œil du destin, elle décroche un petit rôle dans Saturday Night Fever (La Fièvre du Samedi Soir). Son texte tient en quelques phrases, dont une réplique malicieuse qui ne peut guère passer inaperçue. Elle demande à John Travolta : « Are you as good in bed as you are on the dance floor? ». Traduction : « Êtes-vous aussi bon au lit que sur une piste de danse ? »… L’histoire et le making off ne disent pas ce qu’il lui a répondu.

Un an plus tard, en 1978, un premier grand rôle est offert à la jolie brune dans le film American Hot Wax et elle émigre à Los Angeles. Elle enchaîne plusieurs téléfilms (L’Été de la Peur, Spinal Tap), puis apparaît dans les longs métrages The Hollywood Knights, Docteur Détroit et même Ragtime, de Milos Forman. Dès 1986, elle obtient les rôles principaux dans des séries télévisées telles que Charmed Lives, un spin off de Madame est servie, ou encore Princesses, diffusée sur CBS. Malheureusement, ces séries ne connaissent pas le succès escompté et sont annulées au bout de quelques épisodes.

L’actrice est très déçue. Elle s’interroge sur la suite de sa carrière. Une période de doute s’installe, aggravée par un affreux traumatisme subi en 1985. Deux cambrioleurs entrés par effraction à son domicile la violent sous les yeux de son mari Peter Marc Jacobson, ligoté et impuissant. Fuyant les lieux de cette tragédie, le couple se réfugie chez Dan Aykroyd, l’acteur révélé par The Blues Brothers et Ghostbusters, qui les héberge quelques temps afin de les aider à surmonter cette terrible épreuve.  Une longue thérapie sera nécessaire pour tenter d’oublier et se reconstruire.

Les années 1990 ne débutent donc pas sous les meilleurs auspices, mais depuis longtemps, Fran nourrit un projet personnel qui lui tient particulièrement à cœur. Elle y croit fermement, même si les portes se referment invariablement sur son enthousiasme. Il s’agit d’une sitcom mettant en scène une jeune femme aussi jolie que gaffeuse, à la fois sexy et sympa, ayant le chic pour se mettre dans le pétrin et s’en sortir avec des stratégies bien à elle. Le synopsis est le suivant.
Plaquée par son petit ami, virée de son boulot, Fran Fine décide de faire du porte à porte dans les hôtels particuliers de Manhattan pour vendre des produits de beauté. Elle tombe dans une étrange maisonnée composée du riche producteur de comédies musicales Maxwell Sheffield, veuf et un peu dépassé par son rôle de père, ses trois enfants (deux filles et un garçon), son assistante snob et amoureuse, son maître d’hôtel imperturbable et désabusé. Elle apprend qu’une nurse d’enfants est désespérément attendue et saute sur l’occasion pour proposer ses services. Bien entendu, elle ne connaît rien à ce métier. Et bien entendu, les situations les plus loufoques ne vont pas manquer de se succéder. Nounou et complice des enfants, Fran va rapidement devenir la meilleure amie du maître d’hôtel et la meilleure ennemie de l’assistante. Certains membres de sa famille (sa mère, sa grand-mère, sa meilleure copine), issus tout comme elle d’un milieu très populaire, vont faire irruption dans cette haute bourgeoisie très privilégiée en accentuant les contrastes et les situations comiques. Enfin et surtout, en dépit de leurs différences (origines familiales, statut social, niveau culturel, centres d’intérêt et traits de personnalité) Fran Fine et Maxwell Sheffield vont devoir composer avec une attirance réciproque évidente.

Le pitch est alléchant mais les producteurs font la moue. Fran galère autant que son personnage. Elle ne parvient pas à décider les décideurs… jusqu’au jour où l’une de ses amies, qui travaille dans une compagnie aérienne, apprend que Jeff Sagansky, un ponte de la chaîne CBS, a réservé un aller New-York – Paris. Elle appelle Fran et lui propose de réserver la place juste à côté de lui. Ni une ni deux, Fran tente le coup. Elle profite du voyage, et probablement de son adorable force de persuasion, pour convaincre son interlocuteur de lui donner sa chance. Et s’envole vers le succès !

Diffusée sur le réseau CBS entre novembre 1993 et juin 1999, la série devient un succès retentissant aux USA comme à l’étranger. Elle regroupe 146 épisodes de 23 minutes et accueille de nombreuses guest stars au détour de péripéties mémorables. Parmi ces invités célèbres figurent Pamela Anderson, Dan Aykroyd, Ray Charles, Coolio, Joan Collins, Céline Dion, Whoopi Goldberg, Hugh Grant, Elton John, Bette Midler, Monica Seles, Jane Seymour, Elizabeth Taylor, Patti LaBelle… jusqu’à Roger Clinton, le frère de Bill, et Donald Trump ! On lui pardonnera cette faute de goût qu’elle ne pouvait anticiper à l’époque. Une petite rechute se produira tout de même dans la soirée du samedi 9 au dimanche 10 avril 2016, à l’occasion d’un petit dîner privé avec le président de la république française himself ! Lieu inconnu, aucun motif officiel, aucune trace sur l’agenda présidentiel, mais une preuve photographique irréfutable grâce à ce cliché étonnant publié par Fran Drescher elle même, avec en fin de commentaire, un «Ooh la la» non moins surprenant.

On peut  regretter la disparition des tailleurs flashy, des mises en plis hypertrophiées, des œillades malicieuses et des vannes juives de Miss Fine. Les années 2000 n’ont pas été tendres avec elle : divorce après vingt ans de mariage d’un époux et complice de toujours qui finit par lui avouer qu’il est gay, cancer et ablation de l’utérus dans une opération de la dernière chance pratiquée en urgence, décès de certains amis proches…  Celle qui vient d’entrer dans la catégorie des sexagénaire sexy riposte au quart de tour et continue d’affronter les obstacles de la vie avec son sourire de cinéma. Un livre contre le cancer, un engagement important en faveur de la cause LGBT, des projets à la pelle et un regard pétillant, Fran Drescher poursuit sa route loin des plateaux de télévision.  L’ex-nounou faussement ingénue, que chaque homme a rêvé un jour d’embaucher dans ses fantasmes, reste fidèle à un principe premier qu’elle résume en une phrase : « Toute ma vie, j’ai transformé le négatif en positif ».

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